A première vue, il y a de quoi se frotter les mains. Paniqués par les mesures anti-immigration de Donald Trump, et par le climat de fermeture qu’il instaure, des scientifiques américains d’origine étrangère songent à quitter les Etats-Unis. Des hautes écoles européennes, dont l’EPFL, sont approchées par ces candidats au départ. Babines retroussées, les présidents et recteurs d’universités de l’accueillante Europe vont faire leur marché parmi ces cerveaux brillants, et affolés.

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Un monde en interaction

Cette idée d’Européens ramassant les talents d’Outre-Atlantique se révèle toutefois réductrice. Car ce monde de la recherche et de l’innovation est vraiment interconnecté. L’Amérique de la technologie continue à jouer un rôle moteur: elle mène la danse, elle catalyse le monde grâce aux jeunes chercheurs qui viennent s’y former. En parallèle, des pays – dont la Suisse – montent en puissance, instaurent un dialogue et une concurrence avec les facultés américaines. Dans ce contexte, chacun souffrira d’une hémorragie.

Vues sous l’angle de la politique scientifique, les mesures de Donald Trump constituent un invraisemblable autogoal. Pour chasser les bandits à sombreros qu’il maudit, le nouveau président risque de faire fuir une partie de l’élite qualifiée dont son pays a besoin. Dès lors, il va découvrir à quel point sa nation, bientôt «great again» ou pas, dépend du reste du monde.

L'Amérique subsidie la sécurité

Donald Trump pense que l’Amérique subsidie la sécurité du monde occidental, puisqu’elle finance l’OTAN et les positionnements permanents de troupes dans le monde. Sur ce point, il a raison. Mais il va devoir apprendre que la planète entière subventionne l’excellence stratégique de la recherche et de la technologie américaines. Grâce à leur pouvoir de fascination, et l’universalité de l’anglais enseigné partout comme seconde ou troisième langue à l’école, celles-ci aspirent les cerveaux depuis des décennies.

... et le monde subventionne l'Amérique

En Suisse, une seule année de formation dans les sciences naturelles au niveau universitaire coûte environ 50 000 francs aux cantons et à la Confédération. Imagine-t-on les milliards de dollars offerts chaque année aux Etats-Unis, par ces milliers de chercheurs qui, une fois bien formés dans leurs pays, gagnent Boston ou Palo Alto après leur master?

En 2015, 5,5 millions de chercheurs et ingénieurs estampillés étrangers travaillaient dans les institutions américaines. Si leurs pays respectifs venaient lui présenter la facture, le nouveau locataire de la Maison-Blanche serait à genoux, pour quatre ans. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, par le biais de ses exilés formés, le monde a offert un subventionnement public inouï, historique, aux Etats-Unis. Cette réalité-là devrait finir, un jour, par tempérer les propos du président vociférant.


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