Revue de presse

Scoop: vu par Oliver Stone, Vladimir Poutine n’est pas une femme

«The Putin Interviews», le documentaire du cinéaste américain sur le maître du Kremlin, sera diffusé ces prochains jours sur la chaîne Showtime. Edifiants, quelques premiers extraits sont déjà sortis de cette série à voir aussi bientôt sur France 3

Le magazine en ligne Slate.fr a trouvé le titre qui fait mouche et qui vient rappeler, s’il en était encore besoin, le goût du maître du Kremlin pour les plaisanteries qui naviguent entre le salace, le machisme et l’homophobie si chers au mâle alpha: «Poutine n’a pas besoin de jours de congé, car il n’a pas ses règles…» Hum. Donc, «au cas où vous ne seriez pas au courant, Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, n’est «pas une femme». Et visiblement, cela lui permet de ne jamais prendre de congés et de faire des remarques» d’un goût très douteux.

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Mais que dit-il exactement, notre homme? Il affirme haut et fort: «Je ne suis pas une femme, donc je n’ai pas de mauvais jours. Je ne veux insulter personne. C’est juste la nature des choses. Il y a des cycles qui sont naturels.» C’est dit, en face du réalisateur américain Oliver Stone, à qui il propose ces «réflexions philosophiques». Lequel, «après s’être intéressé à Edward Snowden, John Fitzgerald Kennedy, Fidel Castro et Hugo Chavez», s’est donc attaqué, avec The Putin Interviews, à cet «autre gros poisson». Avant France 3 * à la fin du mois, sa série documentaire sera diffusée aux Etats-Unis du 12 au 15 juin, sur Showtime. Une chaîne payante américaine appartenant à CBS Corporation, qui fait décidément très fort puisqu’elle a déjà beaucoup fait parler d’elle ces derniers temps avec la diffusion de la troisième saison de Twin Peaks.

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Entre juin 2015 et février 2017, le cinéaste oscarisé a pu rencontrer Vladimir Vladimirovitch à de nombreuses reprises. Anecdote, Variety raconte que pour le mettre en condition, Stone aurait offert au président de la Fédération de Russie un CD du film de Stanley Kubrick Docteur Folamour ou comment j’ai cessé d’avoir peur et appris à aimer la bombe (1964). Message clair, dont on ne sait comment il a été exactement apprécié.

Les images d’Oliver Stone arrivent juste après l’excellente interview réalisée par Megyn Kelly pour NBC News. Mais si «les deux premières heures» de ce nouvel opus «ne nous ont pas appris grand-chose de nouveau», écrivent trois journalistes de Bloomberg qui ont eu accès au documentaire avant sa diffusion, «les quelques extraits» confirment le fait que le président russe se distingue par ses vues toutes particulières sur les femmes et les gays, ceux avec qui il préférerait «ne pas prendre de douche. […] Mais vous savez… je suis un judoka confirmé.»

Plus sérieusement, on avait déjà appris, avec de premiers extraits diffusés au début du mois de juin, que le lanceur d’alerte Edward Snowden, réfugié en Russie, n’était «pas un traître» mais que ce qu’il avait fait était «mal». Suivait cette analyse, sommaire: «Je pense qu’il n’aurait pas dû le faire. S’il n’aimait pas quelque chose dans son travail, il aurait simplement dû démissionner.»

«Alors que les relations entre Washington et Moscou se complexifient», fait remarquer Courrier international, et comme le rapporte le quotidien en ligne Gazeta.ru, Oliver Stone «affirme que l’Occident ne comprend pas le président russe». Selon lui, l’image de Poutine est politiquement et idéologiquement biaisée: «Il n’est pas communiste et il ne pense pas comme un communiste. Poutine pense comme une personne éduquée, comme un juriste.»

«Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir»

D’ailleurs, «le chef du Kremlin met en garde contre une escalade de l’hostilité entre les Etats-Unis et la Russie», en jugeant que «personne ne survivrait à un épisode de conflit armé», déclare-t-il ainsi en réponse à une question du réalisateur, dans une des bandes-annonces de la série diffusées sur YouTube (à voir ci-dessus). Il ne «perd pas espoir quant à une restauration des relations avec Washington»: «Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir», dit-il, proverbial.

Ces conversations sont dites «exclusives», selon Le Blog TV News. Le leader russe répond à toute une série de questions sur les thèmes suivants: «Ses relations avec les présidents américains, de Clinton à Trump, ainsi qu’avec ses prédécesseurs, Eltsine et Gorbatchev, son accession à la présidence de la Russie, son lien avec le pouvoir, ou encore son rôle présumé dans l’élection présidentielle américaine de 2016. Livrant sa vision du monde, Vladimir Poutine se prononce sur le rôle de l’OTAN, la guerre en Syrie, l’Ukraine. Il évoque également l’héritage de Staline, de la perestroïka et de Reagan, la sécurité d’Etat et l’asile accordé à Edward Snowden.»

Une interview «thriller»

Las, Le Point pense que la série «ne montre pas grand-chose à part un président qui se départit rarement de son sérieux et répond très souvent simplement par oui ou par non. «Je pense que vous êtes une personne rusée», lance au réalisateur engagé un Vladimir Poutine sur ses gardes. On notera la marque de fabrique de Showtime, capable de mettre en scène une interview politique façon thriller, le montage et la musique angoissante n’étant, par ailleurs, pas sans rappeler Homeland ou House of Cards.»


* Conversations avec M. Poutine, série documentaire de 4 x 60 min, sur France 3. Episodes 1 et 2 lundi 26 juin à 20h55, suivis d’un débat «Faut-il avoir peur de Poutine?»; épisode 3 mercredi 28 à 23h35; épisode 4 jeudi 29 à 23h40.

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