France

Ceux qui se cachent derrière les «gilets jaunes», sur Facebook

La mobilisation en France est partie des réseaux sociaux. Petite plongée dans les entrailles de la bête

Il suffit de taper «gilets jaunes» dans la barre de recherche de Facebook pour instantanément ressentir l’émiettement du mouvement: plus d’une centaine de pages et plus d’une centaine de groupes ont été créés autour du vêtement qu’on enfile quand on est en danger et qu’on a besoin d’aide.

«La France en colère» et ses déclinaisons régionales comptent plus de 250 000 membres. Le groupe «Gilet jaune» créé le 25 octobre compte 135 000 membres. Plus de 1300 messages y ont été mis en ligne en quelques heures lundi matin, sous une bannière représentant «La liberté guidant le peuple» munie d’un gilet jaune. Au fil des commentaires, on lit une profonde défiance face à la chose politique – «Tout est dit, le gouvernement est vraiment pourri faut tout dégager», «Il semblerait que la majorité perde à chaque heure qui passe un peu de sa belle arrogance!» ou encore «Je suis ok pour l’abolition des privilèges de nos politiciens qui ne sont là que pour s’enrichir.» On lit aussi beaucoup de rejet des médias, les «médiamenteurs» ou «BFMacron». Et beaucoup d’attentes et d’attention aux autres: «Sur le rond-point à Cahors, j’allume le feu tous les matins pour que cette flamme de l’espoir, de la fraternité brûle, réunisse encore et encore, et voir qu’il y a tant de personnes qui en ont marre! Tant de jeunes, de nos anciens, de toutes catégories socioculturelles, main dans la main…»

L’ombre de la récupération

Sur le compte des administrateurs de ces pages, des photos d’enfants, de fights clubs, de clubs automobiles, des mamies à la minuscule retraite, des pavillons en préfabriqué, des barbecues de solidarité. Des photos de Coluche. Et aussi des appels: «Ne passez pas à côté de cette photo sans la partager.» On y voit un cliché noir et blanc de Paris sous les barricades en 1968, avec ces mots: Augmentation de 35% du SMIC, augmentation de 10% de tous les salaires, une quatrième semaine de Congés payés etc... Il a fallu malheureusement une violence inouïe pour en arriver là. Le peuple à la mémoire courte!» (sic)

Il suffit de taper «gilets jaunes» dans la barre de recherche de Facebook pour instantanément ressentir le frisson des grands nombres et l’ombre de la récupération. Plus de 1,5 million de vues pour une vidéo appelant les militaires en France à respecter un Code du soldat qui les obligerait à prendre la défense des opprimés. Même audience pour l’interview par la chaîne RT, pro-russe, d’un jeune manifestant en gilet jaune, déclarant avoir vu «des bandes de policiers déguisés en voyous», et qui a ensuite été identifié comme Axel Rokvam, un des précurseurs des «Veilleurs» de la Manif pour tous – un gilet jaune pas franchement lambda.

Plus de 2,5 millions de vues pour une vidéo censée montrer des gilets jaunes démasquant et expulsant des policiers déguisés en casseurs. Plus de 4,5 millions de vues pour une autre vidéo montrant prétendument des casseurs remettre leur brassard de policier après les violences à l’Arc de triomphe. Et glissés parmi les centaines de commentaires, des appels du pied à aller vers autre chose. Des messages sur l’Ukraine et la Russie. Et de nombreux, nombreux messages concernant le Pacte de l’ONU pour les migrations – dont des appels à signer une pétition. «Macron veut vendre la France à l’ONU pour après démissionner. Quelqu’un peut me dire si c’est vrai ou pas?» demande faussement naïf cet internaute (300 000 vues en quelques heures). «Les généraux français se lèvent contre la signature du pacte mondial pour les migrations! Partagez massivement», appelle un autre. Sous les gilets de secours, la fracture jaune.

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