La vie à 25 ans

Se marier à l’église… pour le style?!

OPINION. Ça y est, la saison des noces est officiellement ouverte. Si elle s’en réjouit, notre chroniqueuse s’interroge sur certaines pratiques lors du jour J. Et notamment le choix de nombreux non-croyants d’officialiser leur union devant Dieu

Vous entendez ce pépiement à la fenêtre? La belle saison approche et, avec elle, son lot de moustiques, d’imprimés léopard – à nouveau tendance, malheureusement –, de mojitos en terrasse… et de mariages. C’est (presque) scientifiquement prouvé: passé 25 ans, le nombre de faire-part qui atterrissent sur votre meuble d’entrée double chaque année.

De bons moments

Franchement, il y a pire comme plan. L’occasion de se pomponner pendant des heures, de retrouver à sa table un ancien camarade de classe, de s’empiffrer de choses fines comme un tartare de féra aux orties, d’investir le dancefloor… De bons moments, assurément. Et puis il y a ce bonheur tout particulier de voir deux êtres se lier pour une vie. Même les cœurs de pierre fondent un peu à l’intérieur.

Mais est-ce parce que je n’en suis qu’aux prémices de ma carrière d’invitée? Certains concepts m’échappent encore: les mariages à thème; les invitations pour l’apéritif uniquement – il n’y a rien de plus gênant que de faire comprendre aux concernés qu’il est temps de filer; les verrines au dessert alors que, disons-le, un gâteau sera toujours plus tentant qu’un empilement de mousses. Une question surtout me turlupine: pourquoi diable se marier devant Dieu quand on n’a pas la foi?

Un «beau décor»

Les chiffres sont impressionnants: en France, 56% des couples qui se sont dit oui à l’église ne l’ont pas fait par conviction religieuse, indique un récent article du Monde. Les raisons invoquées par les mariés? «La spiritualité», «la tradition», le «beau décor» ou parce que le lieu symboliserait le «vrai mariage». Et ce, même si l’idée d’échanger leurs vœux «à côté d’un homme cloué sur une planche qui pisse le sang» n’a pas l’air de les enchanter…

Légèrement hypocrite…

L’athée que je suis ne peut s’empêcher de hausser les sourcils. Pavaner jusqu’à l’autel, bénir les alliances, lire une prière uniquement parce que l’endroit est pittoresque, c’est un peu comme se déclarer chef scout sans avoir jamais campé: ça n’a pas de sens, c’est même légèrement hypocrite. Certes, de nombreux non-croyants ont pleuré Notre-Dame. Parce qu’elle représentait pour eux un lieu de culte mais aussi de culture. Sceller son amour mutuel devant un Dieu qui ne nous fait ni chaud ni froid, cette démarche-là me dépasse.

Evidemment, le choix de la cérémonie demeure personnel. Mais à une époque où les pratiques se libéralisent, où nous sommes chanceux de pouvoir, presque tous, s’unir officiellement avec qui on le souhaite, comme on le souhaite, quel dommage de ne pas faire preuve d’un peu plus de cohérence et d’inventivité. Le mariage n’est-il pas plus beau quand il nous ressemble… vraiment?


Chronique précédente:

Le lac, ma cathédrale

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