revue de presse

Ce qui se passe au Nigeria: un crime contre l’humanité

De nouveaux enlèvements de jeunes filles promises à l’esclavage par le groupe islamiste Boko Haram suscitent une indignation planétaire. Les médias déplorent l’impuissance d’Abuja face à cette situation révoltante, que l’ONU commence à voir comme un crime contre l’humanité

Boko Haram persiste et signe, à l’indignation du monde entier et au moment où l’ONU et la plus haute autorité religieuse de l’islam sunnite font pression sur le mouvement terroriste: au moins huit nouvelles adolescentes âgées de 12 à 15 ans auraient été kidnappées dans la nuit de lundi à mardi dans le nord-est du Nigeria par des membres présumés de ce groupe islamiste armé qui a déjà revendiqué lundi l’enlèvement sans précédent de plus de 200 lycéennes, plongeant leurs familles dans un immense désarroi.

L’annonce de ces nouveaux rapts intervient alors que Boko Haram, qui met le gouvernement nigérian aux abois, menace de vendre comme «esclaves» les lycéennes enlevées le 14 avril, par le biais de cette effroyable vidéo de 57 minutes, visible notamment sur le site d’information nigérian Sahara Reporters. Pour la décrypter, Rue89 explique que l’homme visible sur le film (de très mauvaise qualité) «s’appelle Abubakar Shekau, [qu’]on l’appelle aussi Darul Tawheed, ou encore Abu Muhammad Abubakar bin Muhammad… C’est le chef de Boko Haram.» Celui-ci «s’est toujours illustré par sa vision totalement extrémiste», explique au Point Benjamin Augé, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Islam et esclavage

Dans la vidéo, on sait qu’il proclame, entre autres professions de foi du «Peuple engagé dans la propagation de l’enseignement du prophète Mahomet et du djihad»: «Les femmes sont des esclaves. Je veux rassurer mes frères musulmans: Allah a dit que les esclaves étaient autorisés par l’islam.» Il faut savoir que «l’éducation, et notamment l’éducation des filles, est une obsession chez ce groupe terroriste». Boko Haram signifie d’ailleurs littéralement «l’éducation occidentale est un péché» en langue haoussa.

«La déclaration est désarmante de violence», écrit Le Figaro, pour lequel «les islamistes de Boko Haram restaurent l’esclavage au Nigeria», tout simplement. Du coup, selon l’AFP, Barack Obama a affirmé mardi que cela «constituait une situation révoltante, et souhaité une mobilisation internationale contre le groupe islamiste […], confirmant lors d’un entretien sur la chaîne ABC que le Nigeria avait accepté l’envoi d’une équipe américaine d’experts pour tenter de retrouver les jeunes filles». Il a dénoncé Boko Haram comme «une des pires organisations terroristes».

Al-Azhar aussi

Mais il n’est de loin pas le seul à s’indigner. Radio-Canada, via l’AFP, indique ainsi que l’ONU, également relayée par Reuters, «a réagi mardi en avertissant le groupe islamique qu’en mettant ses menaces à exécution, il se rendrait ainsi coupable de crime contre l’humanité». Et «le siège de l’université islamique Al-Azhar, située au Caire en Egypte, est également intervenu dans le dossier». Al-Azhar souligne que faire du mal à ces jeunes filles est «totalement contraire aux enseignements de l’islam et à ses principes de tolérance» et réclame «la libération immédiate» des jeunes filles enlevées.

Sur France Info, le père Georges Vandenbeusch, lui-même enlevé en 2013 par la secte Boko Haram considère que le comportement de ses membres est «déconcertant». Il évoque sa propre expérience […], au cours de laquelle certains de ses ravisseurs pouvaient être «prévenants, sympathiques», et devenir «criminels le jour d’après avec des enfants». Selon lui, de nombreux jeunes embrigadés dans la secte Boko Haram «ressemblent à tous les jeunes du monde». Un constat terrifiant, puisqu’il témoigne de «l’extrême banalité du mal», mais qui représente également «une source d’espérance».

Mobilisation sur le Web

Sur la Toile, explique encore Le Nouvel Observateur, une pétition internationale lancée par Change.org «demande au gouvernement nigérian de prendre toutes les mesures pour assurer un retour rapide et en toute sécurité de ces jeunes filles chez elles et de veiller à ce que les écoles soient protégées contre de futures attaques». Et «une autre pétition, publiée sur le site de la Maison-Blanche, exige plus de soutien de la part de la communauté internationale et du gouvernement américain».

Pendant ce temps, «sur Twitter, les mots clés #BringBackOurGirls et #BringBackOurDaughters […] sont utilisés par les Nigérians et les internautes du monde entier afin de faire la lumière sur cette affaire. Selon le site d’analyses Topsy, #BringBackOurGirls a été utilisé plus de 865 000 fois ces derniers jours. Le hashtag a reçu quelques soutiens de poids», dont celui de l’ex-secrétaire d’Etat américaine et possible candidate à la présidence Hillary Clinton:

Le président nigérian, Jonathan Goodluck, qui a appelé les Etats-Unis au secours, «mise sur l’aide étrangère pour venir à bout» du mouvement que le site Ouestaf.com appelle la «secte». Celui-ci relaie aussi les nombreuses manifestations de solidarité et de protestation qui ont éclaté ces derniers jours dans le pays. Dans l’Etat de Borno, par exemple, «un collectif regroupant des étudiants», cité par le quotidien privé Vanguard, a dit qu’il donnait «un ultimatum de quarante jours au président […] pour faire libérer les otages. A défaut, ces étudiants promettent une mobilisation estudiantine au niveau national avec des actions d’envergure comme la grève de la faim.»

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