La chronique

Que se passe-t-il à Neuchâtel?

Le canton de Neuchâtel tient au cœur des Romands. Riche d’une histoire glorieuse, doté d’une université, abritant des fleurons de l’horlogerie et de la microtechnique, creuset d’une formation professionnelle prestigieuse, il semble pourtant traverser une bien mauvaise passe, constate Marie-Hélène Miauton

Les enseignants de Neuchâtel manifesteront le 15 septembre pour protester contre la nouvelle grille salariale qui entrera en vigueur l’an prochain. Le 31 août, ils ont déjà prolongé la récréation ou renoncé à fournir le dernier cours avant midi.

L’Etat a assimilé ce débrayage à une grève et annoncé que ces heures seraient déduites de leur salaire. Scandale, crient les syndicats, puisque les profs ont assuré l’encadrement des élèves en restant avec eux dans la cour! Comme si un professeur était payé pour gardienner et non pour dispenser l’enseignement prévu dans les programmes. Cette conception est autrement plus dévalorisante que les salaires incriminés.

Avec la réforme, une grille des salaires exactement similaire à celle des Vaudois

Les enseignants neuchâtelois sont parmi les plus mal payés de Suisse, affirment leurs syndicats. Est-ce bien vrai? Une fois la réforme introduite, leur grille des salaires sera exactement similaire à celle des Vaudois, voire légèrement plus généreuse en début de carrière. Elle restera en revanche inférieure à celle du Jura.

C’est d’autant plus paradoxal que ce canton, comme Neuchâtel, a des finances publiques problématiques et que l’indice du coût de la vie y est moins élevé que chez les Vaudois. Cherchez l’erreur! Sachant que le salaire d’un fonctionnaire neuchâtelois employé à plein-temps dans l’enseignement (soit 23 ou 24 heures de cours par semaine) s’élève en moyenne à 110’200 francs par an, il est donc similaire à la moyenne suisse dans le domaine de l’enseignement (OFS 2012).

Le canton ne parvient décidément pas à unir le Haut et le Bas

Le canton de Neuchâtel a également mal à son secteur de la santé. Malgré les efforts des responsables politiques pour expliquer et justifier les changements, la situation n’a cessé de dégénérer. Ce canton ne parvient décidément pas à unir le Haut et le Bas dans un même destin.

La césure réapparaît chaque fois qu’il s’agit d’infrastructures à créer ou à supprimer. Dans le cas présent, il s’agit de l’hôpital de La Chaux-de-Fonds qui doit transférer ses soins aigus à l’hôpital de Pourtalès, situé à 20 kilomètres de là (entièrement par autoroute). Le débat sur la concentration hospitalière ne date pourtant pas d’hier et la plupart des cantons sont parvenus à la réaliser.

Combat d’arrière-garde à l’Hôpital de la Providence

La polémique autour de la place des établissements publics et privés qui fait rage à Neuchâtel semble aussi appartenir au passé tant la question de leur nécessaire complémentarité a déjà eu lieu ailleurs. Quant au combat d’arrière-garde d’une vingtaine d’employés de l’hôpital de la Providence, il a cristallisé le débat sur la CTT Santé 21 actuellement en cours de révision, qui contient des mécanismes salariaux excessivement généreux tel le remplacement des jours fériés tombant sur un samedi ou un dimanche par exemple!

L’image qui ressort de ces deux dossiers est qu’on a au moins une guerre de retard à Neuchâtel quant aux politiques publiques. Ce d’autant que les finances du canton sont au plus mal, sans réelles perspectives d’amélioration à court terme, sinon en réduisant les dépenses, ce qui exige entre autres de revoir les systèmes de rémunération de la fonction publique. Même le gouvernement actuel, majoritairement de gauche, en est convaincu.

Conservatisme dommageable au bien public

Pourtant, une partie des fonctionnaires, instrumentalisés par les syndicats, s’accrochent à leurs droits acquis, faisant montre d’un conservatisme dommageable au bien public. Heureusement, nombreux sont ceux qui en sont conscients, tels ces enseignants qui ont renoncé à prolonger le bras de fer par crainte légitime d’une détérioration de l’image de leur profession auprès du public. Ou comme ces policiers qui préfèrent les négociations aux manifestations de force.

Il est donc permis d’espérer car, sans une responsabilisation de la fonction publique, rien ne pourra changer dans ce canton qui le doit pourtant. En effet, à Neuchâtel comme ailleurs, les fonctionnaires et leur entourage font et défont désormais les majorités politiques, ce qui ne va pas sans poser des questions philosophiques sur l’évolution de la démocratie. Nous y reviendrons.

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