Angela Merkel peut se réjouir: après quinze années au pouvoir, sa popularité est au zénith grâce à sa gestion de la pandémie et à son soutien au plan de relance européen. Déjà, des voix s’inquiètent à mesure que son départ, prévu en 2021, approche. Et après? Qui donnera un cap à des conservateurs allemands assiégés par l’extrême droite? Le modèle concurrent dans le monde germanophone existe. Il se nomme Sebastian Kurz.

Une droite plus jeune, plus dure mais aussi plus claire: ces derniers mois, le chancelier autrichien est redevenu un caillou dans la chaussure d’Angela Merkel. Dur sur le plan de relance, il s’est rangé dans le camp des frugaux. Clair face à la pandémie, il reconnaît l’arrivée de la deuxième vague alors que ses homologues tergiversent. Mais c’est sur un autre sujet qu’il se démarque depuis des années d’Angela Merkel: la migration.

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Quand l’une ouvrait les portes en 2015 à 1 million de réfugiés, l’autre en voyait 120 000 demander l’asile dans son pays et décidait de fermer la route des Balkans. Après l’incendie du camp de Moria la semaine dernière, il a refusé que l’Autriche accueille même des mineurs. Alors qu’en Allemagne des voix – y compris conservatrices – évoquent cette piste, Sebastian Kurz reste inflexible, car, depuis que sa coalition avec le parti d’extrême droite FPÖ a explosé en plein vol, il tente de récupérer cet électorat. Lorsqu’il s’est agi de négocier une nouvelle coalition, cette fois avec les Verts, son message était limpide: on pouvait parler de tout, sauf de migration.

L’accent mis par le chancelier autrichien sur cette question si délicate ne relève pas que de la tactique. L’homme développe aussi une vision stratégique. Si l’élan humanitaire a prévalu en 2015 face à l’urgence, il ne constitue pas une réponse à long terme. Depuis, et à mesure que la solidarité européenne a été prise en défaut, les populistes de tout le continent en ont fait leur miel et le voisin turc s’en est servi comme d’un levier. Sebastian Kurz touche donc juste lorsqu’il affirme que seuls des Européens «unis et résolus» pourront faire face à ce défi. C’est aussi pour cela que le système de Dublin doit être réformé. La question migratoire ne peut être une chance que si elle est gérée en commun.

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