Le 12 décembre prochain, la Suisse sera en révolution. Et si elle n'est que ferroviaire, elle marque un tournant capital dans la relation que nous avons tous avec les régions du pays. Fini la lecture fastidieuse des horaires, le temps perdu à attendre les correspondances. Avec son concept en étoile et sa cadence généralisée à l'heure ou la demi-heure, voire au quart d'heure sur les grandes lignes, la Suisse bascule dans l'ère du métro. Ce n'est plus la carte historique du pays qui dicte l'horaire mais la contrainte temps-distance qu'il convient de pouvoir parcourir en moins d'une demi-heure ou d'une heure. En ce sens, c'est une révolution copernicienne, lancée il y a plus de vingt ans et qui aura englouti près de 5,9 milliards de francs, parfois pour ne gagner que quelques coûteuses minutes mais ô combien vitales.

Si toutes les villes et régions ne seront pas forcément gagnantes dans la mise en place de cette nouvelle matrice horaire, Rail 2000 apporte de substantielles améliorations et permet d'envisager une densification de l'offre, en particulier pour les pendulaires dont la population ne fait que croître.

Dans un pays qui se fige et se fossilise dans sa peur du changement, le nouvel horaire tient presque du miracle. Bien sûr, nombreuses sont les régions qui se plaignent d'être à côté de la carte. Et l'on entend déjà leurs plaintes et doléances. Si certaines sont compréhensibles, plusieurs régions et cantons ont manqué de vision, notamment en Suisse romande, alors que Zurich n'a fait que prolonger habilement son S-Bahn à tout le pays. Au-delà des grands chantiers qui attendent encore les CFF (nouvelles transversales alpines, connexions aux réseaux à grande vitesse européens), les cantons doivent aujourd'hui se réapproprier l'organisation de leur espace géographique, en anticipant davantage comme Zurich ou Bâle ont su le faire il y a tout juste… trente ans.

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