La vie à 25 ans

Au secours, c’est (déjà) le printemps

OPINION. Ces derniers jours, les températures ont grimpé, faisant exploser les records de saison. Si certains se réjouissent de cette douceur avant l’heure, pour notre chroniqueuse, elle est synonyme d’angoisses. Et sonne l’alarme

«Alors, Marie-Hélène, quel temps sur les pistes ce week-end?» «Eh bien, Laurent, une météo radieuse sur tout le massif, avec des températures plus que printanières, idéales pour les vacanciers amoureux de sports d’hiver!» Voilà le genre d’échanges excessivement enjoués qu’on pouvait capter sur toutes les stations de radio vendredi dernier, entre deux infos trafic et un hit de Bigflo et Oli – prise dans les bouchons de fin de journée, disons que j’ai eu le loisir de m’ennuyer.

Des prévisions «splendides», des conditions «idylliques»… bref, une pluie de superlatifs. Dans la rue aussi, on sentait l’euphorie. C’est vrai, le beau temps réchauffe le cœur, met de bonne humeur. Et comment résister, quand on a le teint d’un lamantin, à l’appel des terrasses?

Personnellement, ça m’angoisse. Dégoûtée que la sous-veste, achetée comme 80% de la population cette année, n’ait servi que trois semaines? Plutôt incapable de balayer le malaise flottant dans l’air, l’anormal, de ne pas voir dans ce pied de nez à l’hiver le symptôme d’une planète qui perd le nord.

Températures indécentes

Il n’y a qu’à voir les chiffres, dignes du Guinness Book. Mardi dernier, la station météo de la Dôle, dans le Jura, enregistrait plus de 14°C à 11h du matin – et 1677 mètres d’altitude. En Grande-Bretagne et en France, les températures ont aussi frôlé l’indécence, franchissant la barre des 20°C dans plusieurs localités. Du jamais vu.

Rien de nouveau sous le soleil, direz-vous. Les vagues de chaleur précoces, on en a vu d’autres. Et comme toujours, les météorologues restent prudents, évitant d’associer ces anomalies au seul changement climatique. Pourtant, cette fois, c’est différent. Comme si cette douceur avant l’heure cristallisait le trouble actuel, l’urgence. Peut-être les manifs pour le climat ont-elles secoué les consciences, et la mienne avec?

Lire aussi: Climat: «Les grèves, ce n’était qu’un début»

Coma schizophrénique

Secouée parce que végétant jusque-là dans un genre de coma schizophrénique, celui qui nous prend particulièrement à 25 ans. Quand on sait que le dérèglement climatique affectera lourdement notre futur, sans pour autant changer ses habitudes – les week-ends EasyJet, les shampooings en bouteilles, les ananas à Noël.

Dans une conférence Ted l’an dernier, la jeune activiste Greta Thunberg racontait comment, saisissant la menace du réchauffement planétaire à 11 ans, elle était tombée en dépression, incapable de comprendre l’inaction des adultes autour d’elle. J’étais à peine plus âgée lorsque j’ai découvert le documentaire Une vérité qui dérange d’Al Gore. Il aura fallu attendre douze ans, et un mois de février réchauffé, pour que la claque m’atteigne en plein visage.


Chronique précédente:

Le prénom de bébé, cette course à l’originalité

Publicité