Comment faut-il accueillir le verdict des experts du GAFI sur l’arsenal helvétique de lutte anti-blanchiment? Faut-il se féliciter de la bonne note attribuée dans l’ensemble à la Suisse par ses pairs? Ou se préoccuper des angles morts qui subsistent, tant sur le papier qu’à l’usage? Les deux, mon Général.

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Avec un cadre légal jugé globalement «conforme» et un dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme considéré comme efficace, la Suisse récolte les fruits de sa longue, et parfois lente, adaptation à la nouvelle donne internationale. La Loi sur le blanchiment d’argent (LBA) fêtera ses vingt ans l’année prochaine, tous les banquiers vous diront qu’elle fonctionne, le GAFI leur donne raison dans l’ensemble: ils auraient tort de bouder leur plaisir.

Cette Suisse qui fait désormais officiellement partie des bons élèves de la planète – elle fait beaucoup mieux que Singapour, l’Autriche et la Belgique, par exemple – ne doit pourtant pas s’endormir sur ses lauriers. Petrobras, 1MDB: les scandales qui se succèdent, suggèrent qu’en matière de blanchiment d’argent, les vieux réflexes de la place financière sont encore là.

Et les banques ne sont plus les seules à focaliser l’attention. Les experts du GAFI pointent désormais, sans le dire ouvertement, ce que les Offshore leaks et autres Panama leaks ont fait éclater au grand jour: le rôle central joué par les avocats dans l’industrie de la dissimulation de patrimoine, au sens large.

Si les recommandations du GAFI portent surtout sur l’amélioration des contrôles de tous les intermédiaires financiers et des sanctions qui vont avec, le rapport publié mercredi jette une grosse pierre dans le jardin des avocats, notaires et autres fiduciaires. En recommandant clairement que leurs activités «liées à la création de personnes morales et constructions juridiques» – comment ne pas penser aux trusts et autres sociétés offshore? – soient soumises à la LBA. Et aux obligations de diligence, comme de dénonciation, qui vont avec.

Après le secret bancaire, une nouvelle frontière est donc en train de se dessiner: celle du secret de l’avocat. Appelé à devoir s’adapter lui aussi, ne fût-ce qu’un tout petit peu, aux exigences de la transparence. Le débat, qui s’ouvrira tôt ou tard en Suisse, promet d’être chaud. Tant mieux: il doit avoir lieu.

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