La sécurité européenne a été au cœur de la présidence suisse de l’OSCE au cours de l’année 2014. M. Didier Burkhalter, Président de la Confédération, qui l’exerçait, a chargé un groupe d’éminentes personnalités de rédiger un rapport sur les moyens de rétablir la sécurité sur le continent après la guerre d’Ukraine.

Après un premier rapport intérimaire au mois de juin, les experts viennent de remettre leurs conclusions finales.

Les éminentes personnalités, présidées par l’ambassadeur Wofgang Ischinger (Allemagne), ont échoué à dégager des principes d’action et une méthode pour replacer les valeurs de l’OSCE au centre du débat. Elles n’ont même pas pu se mettre d’accord sur une analyse commune des origines de la crise.

L’essentiel du rapport est constitué de trois exposés divergents, représentant l’un les vues occidentales, l’autre l’opinion de Moscou et le troisième, une synthèse des positions des pays «entre deux», tels que la Géorgie, qui auraient souhaité s’intégrer à l’Ouest mais en ont été empêchés par la Russie.

L’expert russe, le professeur Sergey Karaganov, un habitué des think tanks occidentaux, s’est désolidarisé de l’entreprise sans toutefois la remettre en cause.

Il ne restait plus au groupe que de plaider pour un retour à une «diplomatie robuste» et à l’esprit d’Helsinki, qui avait permis un rapprochement Est – Ouest il y a quarante ans. Certes, l’Europe était alors divisée. Mais la situation actuelle est lourde de graves dangers car elle est plus incertaine et plus précaire.

Le groupe d’experts suggère que l’Allemagne, qui présidera l’OSCE en 2016, et les pays qui lui succéderont à la tête de l’organisation, à commencer par l’Autriche en 2017, définissent les modalités d’un nouveau «sommet d’Helsinki» qui devrait être l’ultime objectif. Mais il faut au préalable diminuer le risque d’une confrontation militaire accidentelle, en multipliant des contacts d’ordre militaire et en réactivant le Conseil OTAN-Fédération de Russie.

Ensuite, il convient de mettre en œuvre intégralement l’accord de Minsk puis de résoudre le problème ukrainien. On créera ainsi un espace propice à la recherche de solutions durables, par exemple en élargissant le groupe de pays qui gère l’accord de Minsk (France, Allemagne, Russie et Ukraine dans le format dit de Normandie) en y incluant les Etats Unis et le Royaume Uni.

Enfin, le groupe d’experts propose de s’attaquer sérieusement aux problèmes de sécurité, y compris ceux qui découlent des «conflits gelés», aux relations économiques à développer entre l’UE et l’Union eurasienne, à la question du droit des minorités et des droits de l’homme et enfin à la coopération entre l’OSCE et ses partenaires extérieurs.

La Suisse s’est dite intéressée par le volet économique et social de ces propositions, mais elle a pris ses distances des recommandations sur la sécurité formulées par les éminentes personnalités dont elle avait pourtant sollicité l’avis.

Le conseiller fédéral Didier Burkhalter s’exprimait la semaine dernière à ce sujet dans le cadre d’un colloque «Russie-Europe» à l’Université de Genève. Il a rejeté le lien établi par les experts, qui voudraient voir d’abord d’importants progrès dans la solution du problème ukrainien et celui des conflits gelés avant d’ouvrir le dialogue sur la sécurité avec la Russie. De son point de vue, il n’y a pas de hiérarchie entre ces questions: elles doivent être abordées simultanément. Est-ce bien réaliste?

Le risque principal qui pèse sur l’Europe tient à la militarisation et au recours à la force pour modifier les frontières: il est logique de chercher d’abord des garanties sur ce plan avant d’entamer une négociation de fond sur l’organisation du continent. Comme le dit l’ambassadeur Ischinger, on ne saurait parler d’architecture quand la maison brûle.

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