Délices, amours et orgues (1/7)

La séduction au bout du shaker

Carl, bientôt 50 ans, se souvient comment, à 18 ans, il faisait tourner les têtes avec ses chorégraphies de barman ardent

Chaque jeudi de l'été, notre chroniqueuse raconte la fugacité des histoires de cœur en été.

L’épate totale. La séduction radicale. En 1989, à 18 ans, Carl a été barman à L’Amirauté, le lieu hype de Coxyde, une station balnéaire de la côte belge, et se souvient de la fascination que cette fonction exerçait sur les foules féminines.

«Agglutinées au bar ou assises dans la salle, elles ne perdaient pas une miette du spectacle. Alors on en jouait. On faisait valser les bouteilles, on shakait, shakait, on aspergeait les filles en frappant les demis d’eau pétillante sur le bar, elles hurlaient, faussement fâchées... On réalisait aussi des cocktails avec des couleurs insensées et, lorsqu’on rendait la monnaie, il n’était pas rare qu’une main s’attarde sur la nôtre. C’était le signal. A la fin de notre service, on retrouvait l’élue au Barbu, la discothèque du dessous et, pour le dire simplement, on emballait. Chaque semaine amenait un nouvel arrivage de vacancières, chaque soir notre show recommençait.»

C’est que la pratique avait son emblème: Cocktail, film culte de 1988 dans lequel Tom Cruise et Bryan Brown, bartenders de génie, sidèrent à travers un service qui relève de la chorégraphie. «C’est clair qu’on surfait à fond sur cette vague, confirme Carl. D’ailleurs on était habillés comme eux, très BCBG, avec les chaussures bateau, le short à pinces et la chemise Bouvy. Il fallait être à la fois classe et canaille. Parce que ensuite, quand on dansait sur U2 en se mettant la tête à l’envers avec de la sambuca chauffée, il n’y avait plus de limites. Sur la plage, dans les bungalows, aux toilettes, les corps se mêlaient dans l’urgence de la soirée. C’était très joyeux, très festif.»

Parfois, une Nathalie ou une Isabelle se démarquait et revenait les week-ends suivants. «Mais ce n’était pas facile, car on était très pris par notre service, qui devait être super efficace. Le flash amoureux, c’était la récompense après le coup de feu.»

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