Revue de presse

«Selfies nus» de Geri Müller: le piège et le virus de la vie privée

Le Vert argovien se retrouve dans de beaux draps après que ses photographies exhibitionnistes ont été transmises à la presse. Il a d’ailleurs été suspendu lundi de ses fonctions exécutives à Baden (AG). Petite tempête médiatique juste avant la rentrée politique

Un conseiller national piégé par ses sulfureux selfies, «lourdement chargé» selon 20 Minuten: voilà qui n’est pas banal et pose une fois de plus la douloureuse question de la frontière toujours plus fragile entre vie privée et vie publique. L’affaire a été révélée ce dimanche par la Schweiz am Sonntag, à propos du politicien Vert Geri Müller, également maire de Baden (AG). Elle suscite une palanquée de commentaires depuis vingt-quatre heures. De quoi attirer l’attention juste avant la rentrée politique fédérale. Et faire annoncer au journal satirique Nebelspalter qu’aujourd’hui, le photographe Spencer Tunick réalisera un Nackt-Selfie géant sur la place Fédérale…

Des photos graveleuses «nudo in ufficio», nu dans son bureau, insiste Ticino News: l’affaire embarrasse, évidemment. Toute la presse parle déjà de «GeriGate», mot dièse qui fait fortune sur Twitter. Il faut dire qu’à l’heure actuelle, les «gates», on les met un peu à toutes les sauces. Ce qui leur permet de franchir les frontières: le Spiegel en parle également. Quant à Geri Müller lui-même, il estime être victime d’une machination et d’une «rupture de confiance», relate l’Aargauer Zeitung. Dans son commentaire, elle pense toutefois «qu’il ne reste plus grand-chose à sauver».

Le parti dans la gêne

Dans ce contexte, la Tribune de Genève et 24 heures se demandent, comme d’autres, si, «en faisant intervenir la police» auprès de sa «maîtresse-chanteuse», il n’aurait pas «joué de son influence pour étouffer un possible scandale». Largement de quoi mettre son parti dans la gêne; le président des Verts, Jonas Friscker estime que «si toute cette histoire est vraie, alors Geri Müller a un vrai problème»; mais le président du groupe aux Chambres, Balthasar Glättli, juge «qu’il n’y a pas lieu de faire de ces selfies une affaire d’Etat».

La Basler Zeitung, elle, joue du paradoxe en titrant son éditorial: «Le privé est politique». Elle interroge, comme le Tages-Anzeiger, le juriste spécialisé dans les médias Peter Studer, qui explique pourquoi, selon lui, il y avait «un intérêt public» à publier ces informations. Entre autres parce que certaines de ces photographies ont été prises sur le lieu de travail d’un élu du peuple, pendant ses heures et avec du matériel administratif. Dans son commentaire, le quotidien bâlois estime aussi que Geri Müller «a fait pression», qu’il se «défend avec des arguments faibles» et ne croit pas à la thèse du chantage au suicide.

«In der Bredouille»

Quant au Blick, il trouve aussi «pénible» que «l’horrible Geri enlève le bas». Et la Neue Zücher Zeitung, qui avait sorti l’affaire récente de la secrétaire exhibitionniste du parlement, dans un article cocassement situé en face d’un magazine intitulé «Sex, Lügen und Spionage», voit Geri Müller «in der Bredouille» – «dans la mouise», dirait-on de ce côté-ci de la Sarine. Reste que pour elle, «il s’agit maintenant d’apporter des preuves» et de préciser les circonstances dans lesquelles la police est intervenue.

En attendant, l’heure est à la crise chez les Verts, qui se seraient bien passés de cela, même s’ils s’en distancient, à en croire SRF Info. L’intéressé lui-même «ne dément pas, mais souligne le caractère privé de l’affaire», précise RTS Info. Mais «la pression politique se fait lourde sur un élu aussi populaire que controversé», «qui ne laisse pas indifférent», suscite parfois «la polémique» pour son soutien à la cause palestinienne, par exemple. Il pourrait ainsi «se trouver face à une sérieuse remise en question de ses mandats politiques».

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