Wetzikon, dans l'Oberland zurichois, est une commune heureuse. Son conseil communal ne doit plus traiter que 183 affaires pendant l'année, au lieu des 670 d'il y a vingt ans, son home pour personnes âgées est rentable et les autorisations de construction sont délivrées en 45 jours. Le secret de cette frugale prospérité est l'introduction de nouvelles formes d'administration, selon le label «New Public Management». Les tâches de la commune ont été définies et réparties entre des entités plus ou moins autonomes, qui observent l'équilibre entre recettes et dépenses. Dans d'autres communes, de tels projets n'ont pas toujours apporté les fruits espérés. Là, Wetzikon a encore un petit secret: les responsables de la commune ont opéré cette transformation sans consultants coûteux et extérieurs, mais en consultant eux-mêmes les employés, les administrés et les fournisseurs. Cette curiosité d'innover trouve son contraire dans le parlement de Bâle-Ville, où une coalition contre nature de la gauche et de l'UDC a fait chavirer toute démarche vers le New Public Management dans ce demi-canton très lourdement administré et hautement taxé.

L'externalisation des services est à l'ordre du jour à La Poste. Face aux volumes décroissants du courrier et des envois, elle mijote «une part plus importante des services de transports privés». Les syndicats sont contre, comme ils sont contre la différenciation des salaires de La Poste selon les régions dans lesquelles elle opère. Mais il pourrait y avoir une relation entre les deux sujets. Un haut responsable m'a dit, il y a trois ou quatre ans, que sa division n'arrivait plus à tourner aux coûts intérieurs de l'entreprise postale, les concurrents allemands et français travaillant sur sol suisse n'y étant pas astreints. Les transferts vers des auxiliaires privés ont pris depuis une allure impressionnante – à Frauenfeld par exemple, l'entrepôt d'une entreprise de transports regorge de containers jaunes, et l'entrepreneur a augmenté sa flotte de plusieurs dizaines de camions géants. Selon les codes de conduite de l'OCDE, l'employeur ne doit pas brandir le spectre de délocalisation ni d'externalisation pendant des négociations salariales. Je suis sûr que les cadres très honnêtes de La Poste ne le font pas – mais ils font parler les faits. Et l'élan moral des gens qui ne permettent aucun changement à La Poste s'avère être un peu creux.

La morale dans l'aménagement du territoire, c'est ce que veut étudier la Commission fédérale des étrangers. Plus clairement, elle veut savoir si des discriminations envers les citoyens étrangers s'y manifestent ou si la mixité des populations est entravée. Mais elle aurait des propositions assez évidentes à formuler. Elle devrait s'élever contre la construction de logements dits sociaux d'abord. Car cette «aide à l'objet» concentre les revenus marginaux dans des ghettos. La France en subit le drame aujourd'hui. Il faut, si nécessaire, administrer de «l'aide au sujet», donc donner des soutiens directs aux ménages pauvres qui s'installeront là où bon leur semble. Et d'autre part, il faut tout simplement permettre aux parents de choisir librement l'école publique pour leurs enfants. Ainsi la mixité s'installe tout de suite, tandis qu'aujourd'hui l'échantillon social des élèves dans les écoles des quartiers est à l'image de la grille des revenus de leurs habitants, sans aucune voie de sortie. Mais j'écris cela depuis des années, et il est fort à craindre que cette commission persiste dans le dogme selon lequel les problèmes sociaux ne trouvent jamais une solution libertaire. Au contraire, il faut des règlements et de la contrainte. Et tant pis si cela ne sert pas les pauvres, comme en France ou en Angleterre, comme déjà dans de nombreux quartiers de villes suisses. Qu'ils fassent la queue derrière des guichets qui attribuent les logements! La liberté ne conviendrait-elle pas aux pauvres?

Libertaire, le Tribunal fédéral vient de statuer: une personne nécessiteuse vivant durablement avec un partenaire aisé ne peut demander de l'assistance sociale. Cette décision est juste car elle est le pendant direct de l'attitude libérale envers les partenaires non mariés, qui obtiennent des rentes de veuves et d'autres attributs réservés jadis aux couples mariés. Il faut être ouvert aux nouveaux couples, mais de manière conséquente – pour le meilleur et pour le pire, comme on disait jadis.

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