Les dettes du passé ont ressurgi cette semaine. L'Association suisse des banquiers a publié une nouvelle liste de comptes en déshérence, le ministre allemand des Affaires étrangères explique toujours son passé soixante-huitard, le directeur du Théâtre de Bâle semble avoir collaboré avec la Stasi, la police secrète de l'ex-RDA. Mais le refus du canton de Zurich de reconnaître son passé de pillard m'a choqué. En effet, après la deuxième guerre de Villmergen, en 1712, que le prince-abbé de Saint-Gall avait perdue, les Zurichois volaient un merveilleux globe en bois et beaucoup d'autres trésors dans l'abbaye. J'ai fréquenté l'école du couvent de Saint-Gall, à dix mètres de la Stiftsbibliothek, propriétaire légale et millénaire de ces trésors, et je ne suis pas prêt à oublier le brigandage. Ce qui me fait comprendre que toutes ces histoires de dettes historiques sont douloureuses. Mais au moins, il ne faut pas les régler en y ajoutant encore un nouveau fait d'armes. Avis transmis au Proche-Orient.

La Croix-Rouge suisse sera présidée par l'ancien conseiller aux Etats René Rhinow, de Bâle. Le projet de cette Croix-Rouge pour Expo.02 va être financé par le milliardaire Stephan Schmidheiny. Mais cette organisation humanitaire vient d'encaisser presque un milliard de francs pour la vente de son laboratoire de sang à Berne. Ne peut-elle pas se payer maintenant son stand à Expo.02 et toutes les bonnes œuvres imaginables? Non, elle va maintenir les collectes et solliciter des sponsors pour le courant normal de ses dépenses. Le milliard sera dépensé en plus, mais pour des projets cohérents, comme la préservation de sang, le sida, la médecine oculaire dans les pays du Sud.

Les milliards pleuvent à Zurich aussi. Par décision des autorités anticartellaires des Etats-Unis, la firme JDS doit vendre son usine de composantes optoélectroniques à Zurich, reprise par Nortel pour 3 milliards de dollars. En 1997 la même usine avait été vendue par IBM pour 45 millions de dollars. Au prix actuel, la place de travail de chacun des 400 collaborateurs coûte 10 millions de francs. Mais ils fournissent 40% du marché mondial qui est en expansion exponentielle. Les nouvelles technologies font par contre des ravages parmi les employés de banque. Selon une estimation du Bureau international du travail, 300 000 postes devraient être supprimés d'ici à 2002 en Europe. Ces coupes concernent les caissiers et agents de filiales. A l'inverse, le Credit Suisse se mue en centrale informatique, et il occupe à lui seul douze volées d'ingénieurs-informaticiens de l'ETH de Zurich.

L'île Saint-Pierre dans le lac de Bienne est trop peu fréquentée, selon l'hôtelier de l'ancien prieuré. Par des bus, on veut acheminer des promeneurs moins solitaires. Alors il faudra améliorer le petit chemin, sur lequel j‘ai crevé un pneu de vélo récemment. Mais je crèverais volontiers d'autres pneus de vélo pour maintenir le chemin en l'état, sans les autobus. L'hôtel appartient à la bourgeoisie de Berne, qui en avait relevé le loyer, poussant le gérant à prendre ces initiatives dangereuses. Avec l'argent gagné, la bourgeoisie, magnanime, soutient des projets d'art comme le futur Musée Paul Klee avec 20 millions. Mais faut-il vraiment ruiner le lieu de la mémoire de Jean-Jacques Rousseau pour faire du bien dans la capitale?

La commune d'Emmen vient de changer son procédé d'accession à la citoyenneté suisse. L'examen de langue ne se fera plus par écrit, mais oralement. On se souvient que les citoyens avaient refusé la naturalisation de ressortissants des Balkans, par un vote populaire qui avait fait scandale partout en Suisse. Ce que la presse avait beaucoup moins raconté, c'est que c'était également à Emmen que s'était produit l'enlèvement du petit Kouvet, peu après le vote en question. Si la presse s'était intéressée à l'événement, on aurait pu découvrir des kidnappeurs sordides, un père de l'enfant pas très en règle avec les lois sur le blanchiment d'argent, tous des ressortissants de pays mal vus à Emmen. Un institut de presse en Allemagne propose de ne plus jamais mentionner dans les journaux les origines géographiques des malfaiteurs. Je pense qu‘il ne faut pas les ébruiter inutilement mais qu'il est faux de les taire. Sinon, la vox populi prendra le maquis et un débat ouvert ne sera plus possible. A Emmen, il redémarre lentement.

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