Opinions

La semaine de Beat Kappeler. Le dilettantisme, de l'école au parlement

Le peuple romain, décadent comme il l'était devenu au fil des siècles,

Le peuple romain, décadent comme il l'était devenu au fil des siècles, râlait dans les arènes si on ne lui servait pas des jeux assez dangereux – dangereux pour les athlètes, bien entendu. Mais que dire de l'émoi avec lequel tous les médias et tous les clients de cafés du Commerce demandent de meilleurs résultats à nos skieurs? On voudrait que ces jeunes gens se lancent encore plus éperdument dans ces courses meurtrières où une petite méprise peut signifier la mort ou la tétraplégie. Et qui le demande? Des gens aux jambes frêles d'automobilistes invétérés, avec des ventres de spectateurs assidus de TV, qui fument des cigarettes à la chaîne. Mais accordons ce petit transfert psychologique au menu peuple, sans toutefois céder aux demandes très intéressées de certains milieux pour des fonds supplémentaires d'entraînement, pour des soutiens au sport de pointe, pour des installations plus raffinées.

Ailleurs, par contre, l'inactivité n'est pas un péché mignon. En une année, les parlementaires ont enseveli deux fois la révision de l'assurance maladie. C'était en décembre 2002 et en décembre 2003. Depuis, c'est le silence total dans les rouages parlementaires. On semble attendre des démarches du département de Pascal Couchepin. Mais après un tel gâchis dans une affaire d'une telle envergure, même un parlement de milice devait se réunir dans le plus bref délai pour rediscuter et revoter toutes affaires cessantes. Chaque automne, année après année, on critique le conseiller fédéral qui annonce les augmentations de primes des caisses maladie, hier Ruth Dreifuss, aujourd'hui Pascal Couchepin. Mais les vrais responsables se cachent et ils travaillent à un rythme que ne toléreraient aucun ménage ni aucune firme, surtout quand l'argent part en hémorragie. Le Conseil national a refusé la loi le mercredi 17 décembre. Ses commissaires auraient pu se réunir dès la nuit suivante avec des responsables de l'administration pour reformuler une proposition. Après tout, le message du Conseil fédéral date de 2000, les enjeux et les chiffres sont bien connus. La commission et ensuite le plénum auraient pu siéger le 18, la même procédure aurait pu se dérouler devant le Conseil des Etats, et un vote final aurait assaini la LAMal pendant le week-end du 20 au 21 décembre. Tout le monde dira qu'un tel rythme est impossible. Je n'y vois pas de raison valable. Les élus doivent être disponibles, surtout s'ils ont à corriger leur propre travail mal fait. Des élus étaient disponibles pour aller fêter le nouveau conseiller fédéral Merz le 18 décembre à Herisau, d'autres pour faire des repas d'adieu à Berne ou dans leurs administrations locales. Telle n'est pas la vocation de députés.

Quand on constate des dérives de ce genre, dans tous les domaines, le remède est vite trouvé: il faut améliorer la formation, inculquer la discipline aux écoliers déjà. Je crains que ce ne soit pas pour demain. Sous peu, un premier symposium suisse se penchera sur les manuels d'école. L'expérience faite avec mes enfants à Berne m'inspire des reproches fondamentaux, confortés par des discussions avec des parents dans d'autres cantons suisses alémaniques. Le manuel Bonne chance pour apprendre le français provoque une lutte quotidienne entre parents et élèves en raison de sa typographie. Certains mots sont écrits en gras, d'autres en italique et le reste en caractères normaux. Ce qui permet aux enfants de répondre quand on les interroge: «Ah non, ceci, en tels caractères, est seulement pour l'oral. Ah non, cela n'est pas demandé. Ah non, le troisième type n'est que pour après-demain.» Il n'y a que très peu de tableaux systématisant la grammaire. Le livre diffuse l'idée que le fait d'apprendre est horrible et qu'il ne faut le faire qu'à doses homéopathiques.

Dans toutes les branches, les écoliers ne travaillent que sur des feuilles, pas dans des cahiers et, sur ces feuilles, ils ne doivent remplir que des lacunes ou des bulles dans des dessins. Après quelques semaines, ils n'ont aucune vue d'ensemble, les corrections ne se font pas systématiquement sur des feuilles suivantes. En conséquence, les écoliers n'apprennent plus à faire des phrases et des textes entiers. Ils n'ont plus la discipline d'assimiler complètement. Et, pour coiffer le tout, les branches traditionnelles que sont la physique, la biologie, l'histoire et la géographie ont été amalgamées dans un fourre-tout intitulé Natur-Mensch-Umwelt (ndlr: Nature-homme-environnement). Il n'y a plus de méthode spécifique pour chacune de ces branches, mais le professeur évoque des «sujets de concentration» comme l'eau, les Indiens (trois ou quatre fois en neuf ans), la violence, l'arbre. A chaque fois, le professeur est un dilettante sous plusieurs des aspects à traiter, et les jeunes Suisses le resteront également. Jusqu'au parlement.

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