Le droit de vote à l'âge zéro fait son chemin. Le Lobby Enfants Suisse invoque l'article 8 de la Constitution fédérale, qui interdit toute discrimination pour des raisons d'âge. Je défends cette idée du droit de vote pour les enfants depuis des années, mais je le confierais aux parents tant que les enfants sont mineurs. Mon souci est de renforcer le poids des votants qui, par leur situation de famille, sont astreints à regarder l'avenir à plus long terme que le reste de la population, qui vieillit. Ma femme et moi avons agi en conséquence d'ailleurs. Lors de la votation sur Armée XXI en mai dernier, nous avons cédé nos deux bulletins à nos garçons de 16 et 17 ans, car cela les concerne de très près déjà. Il y a quatre ans, nous leur avions réservé une des 27 lignes des candidats bernois pour le Conseil national. Leur choix unanime s'était porté sur un colonel d'armée, président de commune, qui avait effectivement réussi son entrée au parlement. Du solide, la patrie était sauvée – et un joli sentiment de «vote utile» chez les deux enfants.

Une bonne idée en faveur des jeunes est appliquée à Berne et dans l'Oberland zurichois. Les places d'apprentissage se faisant rares, on attribue les candidats à un apprentissage de commerce (à Zurich) ou en informatique (à Berne) à plusieurs entreprises. Toute seule, aucune d'entre elles n'aurait pu engager d'apprenti, mais pour un poste à quart ou à mi-temps, elles sont en mesure d'offrir de la place. Les jeunes font ainsi la connaissance de plusieurs environnements et spécialisations, ce qui compense les exigences de coordination et des déplacements irréguliers. Cette idée de partage des employés pourrait être généralisée à l'avenir. Les entreprises se focalisent de plus en plus, elles entrent dans des réseaux mondiaux de fournisseurs et de prestataires de services, mais toutes leurs capacités ne tournent pas toujours. Pour les employés, ce nouveau monde pourrait amener tantôt des périodes de chômage partiel, tantôt des heures supplémentaires, des contrats de durée limitée, du travail sur appel. Si le contrat de travail n'était plus signé avec une telle entreprise, mais avec un fonds commun de personnel, qui irait travailler aux endroits qui en auraient besoin, on pourrait stabiliser l'emploi tout en faisant varier le degré d'occupation dans les firmes. D'ailleurs, la nécessité de procéder ainsi fait naître aujourd'hui déjà des agences d'emploi temporaire, des consultances de cadres à la retraite ou encore des équipes de montage dans la construction. Mais, pour généraliser, il faudrait inventer un statut entre employé et indépendant, surtout en matière d'assurances sociales.

Les articles du Monde rappelant les trente ans de «chômage de masse» étaient un peu moins novateurs, cette semaine. On ergotait beaucoup sur les raisons de ce chômage sans faire aucune allusion au droit de licenciement français qui met les entreprises sous la tutelle des juges, faisant ainsi rechigner les patrons devant toute embauche. Rappelons le Code du travail suisse avec son article 335c si limpide: «Le contrat peut être résilié pour la fin d'un mois moyennant un délai de congé d'un mois pendant la première année de service, de deux mois de la deuxième à la neuvième année de service, de trois mois ultérieurement.» D'autres articles et la pratique des tribunaux y ajoutent un peu de complexité, mais toujours est-il qu'une société suisse qui n'a plus assez de travail peut se séparer de sa main-d'œuvre – pour des raisons économiques donc. Si, dans un avenir que nous souhaitons proche, de nouvelles commandes arrivent, elle embauchera plus facilement si elle peut revenir sur ces contrats. Et si des milliers d'entreprises s'engagent ainsi en tâtonnant, créant du pouvoir d'achat pour ces nouveaux employés, elles produisent la relance par ce fait même!

Les syndicats suisses projettent des journées d'action, des grèves peut-être, contre les réformes des retraites, à l'automne. Ancien cadre des syndicats, je m'offre ici comme consultant bénévole. Regardons la dégringolade des actions syndicales en France et en Allemagne de l'Est. Les gens ont compris, les syndiqués aussi. Pour préserver le social, il faut le changer. Ce n'est pas parce que les syndicats suisses ont gagné la votation sur le projet un peu inhabituel, voire obscur, du marché de l'électricité que les urnes leur appartiendront lors de référendums sur le social ou sur les finances fédérales. Là, les enjeux sont beaucoup plus patents, et le «toujours plus» a perdu de son innocence, tant que l'on passe à la caisse à un titre ou un autre. Les citoyens-contribuables ont plébiscité le frein à l'endettement à 85%. Finalement, une admonestation bénévole à l'égard de l'UDC avec son référendum contre l'assurance maternité: cette fois, elle ne coûte pas beaucoup plus que le statu quo, et l'UDC devra se battre même contre les employeurs. Et contre le vote des familles. Et, bientôt, le vote de leurs enfants.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.