Les prix en Suisse sont trop élevés, et tout le monde s'affaire pour les faire monter encore. C'est le bilan un peu triste de cette semaine. D'abord, le niveau surélevé de ces prix vient d'être démontré une fois de plus par la liste de la UBS des prix et salaires dans les grandes villes du monde, ou encore par la démonstration du surveillant des prix sur les produits pharmaceutiques. Qu'à cela ne tienne, semblent penser les acteurs de la vie économique et sociale du pays. Les directeurs cantonaux de l'Instruction publique mijotent d'exiger la maturité comme condition à la formation des jardinières d'enfants. On prolonge ainsi la formation, et le syndicat professionnel de la branche a déjà annoncé que dans ce cas les salaires devront augmenter.

D'autre part, les responsables du tourisme suisse ont tenu un congrès lors duquel le président de GastroSuisse a fait un vibrant appel pour des infrastructures bon marché. Le même jour, les journaux rapportaient que les remontées mécaniques avaient augmenté leurs prix de près de 10% en cinq ans. Dans la foulée, le conseiller national Stéphane Rossini proposait au parlement d'introduire une retraite-AVS après quarante ans de cotisation, ce qui constitue tout simplement, et sans être dit ouvertement, une amputation de près de 10% des années de cotisation actuelles, au nombre de 44. L'initiative en question était d'ailleurs également signée par le nouveau préposé à la surveillance des prix, qui aujourd'hui s'évertue à critiquer tout ce qui risque d'augmenter les coûts. Et finalement, on peut faire remarquer mais sans reproche au groupe lausannois «à propos» qui s'est mobilisé pour rendre l'apprentissage plus attrayant que l'avantage décisif pour être toujours rentable en Suisse, à l'opposé de la situation en Allemagne, est la durée supérieure d'une année de la plupart des apprentissages suisses.

D'ailleurs, une nouvelle maladie frappe à la porte des assurances sociales et des agents économiques: la pathologie des jeux. Le mécanisme d'entrée de ce nouveau fait social dans l'orbite bien rodée des réparations par la société, c'est-à-dire par ceux qui gardent une discipline dans leur vie privée, est bien enclenché. D'abord, on commande des études à des experts. Puis on montre du doigt des cas spectaculaires. Des politiciens et des avocats sont très vite à dispositions pour exiger de nouvelles lois et des compensations. Pour ce qui est des études et experts, on est déjà servis. Les cas spectaculaires sont souvent relatés et les sommes dépensées dans les casinos ont déjà fait le tour des médias. Déjà, un tribunal en Autriche vient d'accorder à un père de famille joueur la restitution de toutes ses mises, d'un montant de 313 000 euros. Ses cinq à six visites par mois auraient dû alarmer le casino, dit le tribunal. La responsabilité et la discipline personnelles sont donc évacuées et leur absence est compensée en argent. Pour être un peu direct, on doit demander que la Suisse, avant de copier les largesses des autres pays européens, déclare un moratoire de dix ans et oblige à réapprendre à bosser.

Une autre liste, après celle des prix, a retenu mon attention: à l'occasion du Salon de l'automobile à Genève, les journaux publient le palmarès des voitures selon leur coût, leurs cylindrées, mais aussi selon leur consommation d'essence sur 100 km. Parmi les modèles courants, je n'ai relevé que trois voitures qui consomment moins de 4 litres, à savoir un modèle Audi, un modèle VW Lupo et la Smart, celle-ci n'ayant cependant que deux places. Je martèle encore une fois cette vérité que la voiture est la source de pollution la plus importante et que la plupart des organisations écologistes et autres sont des mous en la matière. Il faut attaquer les producteurs de voitures de front et, pour ma part, je souhaite la banqueroute de tous ceux qui ne produisent pas l'une de ces trois voitures. Dans le domaine de l'automobile, toute la population a été conduite à un état de toxicomanie pathologique. Quand la toxicomanie devient générale, elle entre dans la normalité. Evitons au moins la normalité pathologique des transferts sociaux tous azimuts. Ils se font tout simplement à l'intérieur des classes moyennes. Car ce sont elles qui reçoivent et qui paient.

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