Du jamais-vu depuis vingt ans, cette affiche dans la vitrine de plusieurs magasins: «On cherche du personnel.» A vrai dire, c'est écrit en anglais, «staff wanted», et ces magasins se trouvent à Londres. Une semaine passée dans cette métropole réserve plusieurs surprises, dont celle d'un pays en plein boom économique. L'emploi en Angleterre, surtout dans le sud, a bondi et, actuellement, le taux de chômage est à peu près celui de la Suisse. Les grues omniprésentes confirment cette impression d'activité presque débordante, et elles dominent des surfaces en construction qui, dans la pauvre ville de Zurich, causeraient des plaintes et des recours pendant une décennie entière.

Du côté de l'emploi, une visite dans le quartier général d'une grande multinationale des télécommunications souligne les traits satisfaisants des tendances actuelles. La fenêtre de la salle de réunion donne sur une cour en forme de campus universitaire, et un cortège continu de personnes défile, montrant la mixité habituelle que l'on rencontre dans les rues: des Asiatiques en grand nombre, des Noirs, et, dans les salles de conférences, des femmes aussi, et pas seulement dans la fonction de secrétaires.

Une courte inspection à la London School of Economics, la plus prestigieuse université économique, donne tout à fait le même spectacle. Un tiers des étudiants sont des Asiatiques, quelques Noirs, et la moitié des jeunes femmes. Dans un stand de «business entrepreneurship» d'ailleurs, ce sont des femmes qui militent pour une carrière directement dans les étages supérieurs, sans fausse retenue.

Ce qui surprend à la London School of Economics, comme dans beaucoup d'universités étrangères, c'est le cadre. Les installations, les murs ne sont pas neufs, au contraire de ce qu'on voit en Suisse, les couloirs sont étroits, les salles débordent de flots humains qui se serrent, les bureaux des directeurs et doyens sont petits, envahis de feuilles et de notes, et ils donnent sur n'importe quel couloir de passage. Rappelons-nous les statistiques de l'Union européenne, qui montrent que la Suisse, en comparaison internationale, dépense une part bien supérieure aux autres de ses crédits de formation pour des constructions. On peut sans crainte affirmer que la bonne place de pointe que tient la Suisse dans le palmarès des dépenses ne s'explique que par la cherté et la perfection de ses constructions.

Une surprise pas tout à fait inattendue de cette semaine britannique a été la vivacité et le goût du risque des politiciens. Tony Blair surtout, lors du congrès de son parti à Brighton, a soudé ses fidèles par ses joutes oratoires un peu nerveuses, mais précises. Il s'excusait franchement de ses erreurs d'information sur l'Irak, mais proclamait haut et fort être content d'avoir renversé Saddam Hussein. Le lendemain, dans une interview devant sa cheminée, il annonçait qu'il remplirait le mandat de nouvelle législature jusqu'à sa fin, barrant ainsi la route à son chancelier de l'Echiquier et rival, Gordon Brown. Ensuite, il a déclaré qu'il allait subir une intervention chirurgicale pour des problèmes coronaires et, le lendemain, finalement, on apprenait que la famille Blair avait acheté une maison dans le centre de Londres pour 9 millions de nos francs. Enfin, les journaux ont rapporté que Tony Blair avait pris la communion lors d'une messe catholique. Ces deux derniers faits sont liés, dit-on, à sa femme, qui s'est enrichie pendant sa carrière antérieure d'avocate d'affaires et qui est catholique pratiquante. Tout ceci nous change bien des ministres suisses un peu ternes.

Devant mon hôtel, une statue commémore le souvenir de Raoul Wallenberg, ce diplomate suédois qui, en même temps que le consul suisse Lutz, sauvait des centaines de milliers de juifs en Hongrie. Il est représenté devant un mur en forme de formulaires de passeports. J'aime beaucoup cette démonstration d'une bureaucratie bienveillante dont les formulaires stoppaient les sbires nazis qui n'avaient du respect pour rien d'autre.

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