L'impression de fraude électorale autour de l'élection de George W. Bush s'est confirmée cette semaine, mais pas dans les urnes de Floride: dans le reniement de sa promesse électorale d'accepter la réduction des émissions de CO2. C'est une fraude électorale monstrueuse. Car Bush avait fait cette promesse pour gagner des voix sur Gore, jugé plus porté vers l'environnement que son adversaire texan. Les multiples condamnations à mort approuvées par le gouverneur-candidat du Texas trahissaient un machiavélisme sordide évident, mais ce reniement après coup y ajoute de la fourberie.

Car c'est le protocole de Kyoto limitant les émissions de CO2 qui constituera l'un des garde-fous importants de la globalisation, et l'on ne comprend pas que les gesticulations contre «Davos» ne se répètent pas dix fois plus contre les Etats-Unis maintenant. Un autre pilier du futur ordre global réglementé vient d'être approuvé par le parlement suisse: c'est l'adhésion à la Cour pénale internationale. En plus, cette semaine, les autorités de surveillance de la concurrence des Etats-Unis et de l'Union européenne ont rassemblé des juristes internationaux pour jeter les bases d'une juridiction globale contre les positions dominantes sur les marchés. L'éclosion d'un tel ordre juridique

international, ajoutée à l'entraide financière par le Fonds monétaire international et aux règles de non-discrimination économique dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce, peut permettre l'existence, voire le pullulement de petits Etats indépendants, sans alliances continentales. Suivez mon regard… et vous découvrirez l'assurance presque moderniste des milieux économiques suisses, partisans de l'Alleingang.

Des têtes sont tombées cette semaine, en Suisse, celle du président de Swissair, Eric Honegger, celle du président du Parti démocrate-chrétien, Adalbert Durrer, et celle du PDG de la banque Vontobel, Jörg Fischer. Cette génération des cinquantenaires n'a pas l'aspect très solide. Elle a abandonné l'entêtement patriarcal qu'elle critiquait chez ses pères physiques, mais elle s'avère peu constante, et peu capable de gérer des situations nouvelles et controversées. Avec Adalbert Durrer, le dernier des trois «montagnards» qui dirigeaient les grands partis suisses disparaît de la scène, après Peter Bodenmann et Franz Steinegger, sur le départ.

Durrer rejoint UBS comme directeur «politique», ce qui ne surprend pas pour lui, mais pour la banque. Elle engage un politicien à l'évidence déphasé par rapport à ses milieux. Mais pour une banque qui verse plusieurs milliards de francs par an en bonis, il est préférable de s'assurer ses arrières partout où elle le peut. Le Credit Suisse lui aussi semble avoir distribué des bonis dépassant même son bénéfice net de 5,8 milliards. On va voir comment ces banques équilibreront leurs comptes par des temps moins fastes. Mais le redressement spectaculaire du secteur des filiales suisses du CS impressionne. Au début des années 90, les banques suisses perdaient ensemble 3 milliards par an dans ce secteur, tandis que le CS en tire aujourd'hui une rentabilité de son capital de 14%. Le changement de structure porte ses fruits, même dans une perspective nationale, car à l'époque, les pertes amputaient le produit national de 1%.

Les comptes du canton de Vaud accusent toujours des pertes sèches. Cette fois, la visibilité est cruelle, les autres cantons exhibant des excédents, même Genève, la joyeuse dépensière. Le débat autour de la vente de la Banque Cantonale Vaudoise est un peu irréel, car la valeur boursière de 1,3 milliard de francs que détient encore le canton est déjà avalée cinq fois par le montant de ses dettes accumulées, et la tranche à vendre vient d'être anéantie par le seul déficit de l'année 2000. Les parlementaires fédéraux, par contre, viennent d'entériner le frein à l'endettement, sous réserve de certaines exceptions, qu'ils invoqueront sûrement puisque depuis 1958, l'ancienne Constitution demandait déjà l'amortissement des dettes. C'est si simple en Suisse, où il n'y a pas de Cour constitutionnelle, de ne pas suivre les textes sacrés.

Beat Kappeler est éditorialiste à la «Weltwoche» de Zurich.

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