S'il y a un domaine dans lequel certains dirigeants de parti envient secrètement l'UDC, c'est bien pour la discipline qui règne dans ses rangs, une discipline que l'on est fort loin de retrouver dans d'autres formations politiques, où la division et les conflits internes, plus ou moins virulents selon les moments et les circonstances, sont plutôt la règle que l'exception.

Les radicaux, pour ne parler que d'eux, rencontrent, une fois encore, des problèmes, qu'il ne faut pas surestimer, mais qui rappellent à quel point ce parti est difficile à diriger. Son président, Fulvio Pelli, avait entrepris de faire régner dans les rangs une discipline qui s'avère bien difficile à établir. Certains élus, fidèles en cela à la tradition du parti, continuent à n'en faire qu'à leur tête. L'on observe toutefois une modification du profil des fauteurs de troubles. C'étaient autrefois les Romands qui ruaient dans les brancards et se singularisaient en francs-tireurs. C'est aujourd'hui une frange alémanique qui a pris la relève dans la contestation et le défi ouvert à l'autorité présidentielle.

Un changement est à relever également dans l'orientation idéologique de cette contestation. Les Romands qui supportaient mal autrefois l'autorité de la direction du parti tiraient vers le centre si ce n'est vers le centre gauche. Les frondeurs alémaniques qui leur succèdent tirent aujourd'hui vers la droite.

L'ambition présidentielle a été limitée aux domaines dits stratégiques pour le parti, latitude étant laissée aux élus de s'éparpiller à leur guise dès qu'il s'agit de sujets secondaires. Mais certains n'en ont cure. C'est notamment l'engagement en faveur de l'initiative de l'UDC sur les naturalisations de l'Argovien Philipp Müller et du Zurichois Filippo Leutenegger qui fait en ce moment problème. Quant au malheureux article constitutionnel sur la santé, il a littéralement fait exploser l'unité du parti. Alors qu'il s'agissait à la base d'un projet, ou plus proprement dit d'un bricolage radical, il s'est trouvé de plus en plus de radicaux, au fil des semaines, dans le camp de ceux qui le combattent.

Est-ce à dire que c'est peine perdue que d'essayer de ramener un peu d'ordre dans la maison radicale? C'est difficile, pour le moins.

C'est en effet affaire de culture politique beaucoup plus que de génie de l'organisation. Là où les démocrates du centre vouent un véritable culte à la discipline et à l'unanimité, le courant libéral accorde beaucoup de prix à l'indépendance d'esprit, au libre arbitre et à la liberté d'expression. Faut-il rappeler qu'à une occasion au cours de la dernière législature les quatre élus libéraux agrégés au groupe radical avaient réussi à afficher quatre positions différentes sur la combinaison de deux objets mis en votation populaire. Encore heureux que la députation du PLS ne soit jamais tombée en dessous de quatre élus, s'agissant de l'exposition exhaustive à la fois des nuances et de la tolérance de ligne libérale.

Dans les rangs de l'UDC, le respect de la ligne du parti paraît procéder de deux phénomènes distincts. La pression est intense sur les individus, qui émane aussi bien de la hiérarchie, confortée par le culte du chef, que du groupe lui-même. On observe chez les démocrates du centre un mécanisme similaire à celui des bandes d'adolescents. Raisonnables individuellement (pas tous, tout de même, à l'UDC), ils deviennent dangereux en groupe. L'autodiscipline de l'UDC blochérienne est par ailleurs un effet de la composition socio-culturelle et socio-économique d'un parti dont la base se recrute, statistiquement, dans les couches les moins éduquées et les moins urbaines de la population. Se sentant rejetés par une «classe politique» - c'est une des expressions favorites de Christoph Blocher - à laquelle ils rendent au centuple son mépris, les militants et élus ont naturellement tendance à se réchauffer dans la chaleur d'un groupe qui les reconnaît et dans lequel ils se reconnaissent. Un groupe dont l'appareil leur rend également le service de formuler pour eux positions et argumentations, de penser pour eux, pour résumer. Le démocrate du centre blochérien est par nature un animal politique grégaire, qui a besoin de la chaleur et du soutien du groupe pour des raisons sociologiques, culturelles et fonctionnelles. Et lui sacrifie d'autant plus volontiers son indépendance d'esprit que celle-ci est secondaire dans son système de valeurs.

C'est sur ce substrat que prospère un appareil autoritaire, et c'est pour cela qu'il est vain d'espérer s'inspirer des recettes de l'UDC pour mettre un peu d'ordre dans un autre parti. Le plus doué des chiens de berger n'arrive à ramener les brebis égarées au sein du troupeau que pour autant qu'il ait affaire à des moutons.

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