L'aboutissement du référendum - pour autant qu'il se confirme officiellement - lancé contre la reconduction et l'extension de la libre circulation des personnes est, pour ses auteurs, une victoire ambiguë, remportée beaucoup plus contre la direction de l'UDC que contre la très large majorité qui soutient la voie bilatérale. Si l'aboutissement de ce référendum, dont les auteurs paraissaient à la peine, constitue aujourd'hui une surprise, il faut rappeler que le renoncement de l'UDC avait précédemment fait l'objet d'un étonnement beaucoup plus considérable.

On avait senti, à la fin de la semaine dernière, à un moment où l'on pariait plutôt sur l'échec du référendum, s'éveiller comme un léger regret. Chez les jeunesses des différents partis, par nature plus enclines à l'affrontement que leurs aînés, mais pas uniquement. Ce qui était affirmé sur le ton de la plaisanterie - «les partisans de la libre circulation auraient dû récolter quelques signatures de leur côté, de façon à obtenir une votation permettant de dégager un clair soutien populaire tout en mettant la droite nationaliste en difficultés» - traduisait l'existence d'une certaine frustration.

Frustration de voir la direction de l'UDC, qui n'avait épargné aucun moyen pour faire avorter l'opération, échapper à un profond embarras. En prélude à une campagne qui ne manquera pas d'intérêt, l'UDC devra une nouvelle fois se déterminer sur un sujet qui fâche particulièrement dans ses rangs et adopter un mot d'ordre pour la votation du 8 février prochain. Et il sera sans aucun doute plus difficile pour la direction du parti d'imposer sa volonté que lorsqu'il s'agissait seulement d'empêcher la récolte des signatures. La fronde qui était alors limitée à la jeunesse du parti s'est depuis lors étendue à plusieurs sections cantonales, et tous ceux qui se sont rebellés contre l'oukase de la direction du parti ont pris entre-temps de l'assurance.

Frustration encore de manquer l'occasion de marquer une fois de plus le soutien populaire à la voie bilatérale dans un contexte peut-être plus significatif que lors des précédentes votations européennes. Ce scrutin aura en effet une portée pédagogique pour le public helvétique. L'ouverture à la Bulgarie et à la Roumanie n'enthousiasme pas plus dans les autres Etats membres de l'UE, qui trouvent que ces deux pays n'ont pas fait un maximum d'efforts, dans la lutte contre la corruption, notamment. Elle montre qu'il y a un prix à payer pour profiter des avantages de la libre circulation et cela créera par ailleurs un précédent pour de futurs élargissements.

La promptitude et l'unanimité avec laquelle tous les autres partis ont réagi à l'aboutissement du référendum souligne encore le côté équivoque de cette opération. La réussite des Jeunes UDC, de la Lega tessinoise, dont l'apport semble avoir été décisif, et des Démocrates suisses a trouvé les partisans de la libre circulation en ordre de bataille et impatients d'en découdre. La campagne promet d'être inhabituelle, asymétrique et très courte. Avec un scrutin fixé au 8 février déjà, il restera tout juste trois semaines à partir de la rentrée, en tenant compte des habitudes de vote par correspondance.

Les événements extérieurs pourraient jouer un rôle important. Qui peut savoir quelles seront les évolutions conjointes de la crise financière, de la conjoncture économique et de l'opinion au début de 2009? On souriait au printemps dernier quand les adversaires de la libre circulation invoquaient, s'ils ne l'appelaient pas de leurs vœux, une possible dégradation de la situation économique, propre à entraîner un retournement de l'opinion.

D'un autre côté, la virulence de la crise financière a fait passer très loin à l'arrière-plan des préoccupations du public des problématiques telles que celle de l'afflux de Roms en Europe occidentale, qui ont perdu en même temps que leur actualité leur charge émotionnelle, pour autant qu'un fait divers mobilisateur ne ravive pas les braises.

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