Tout est redevenu calme à Berne. La perspective de la réélection acquise des sexagénaires au Conseil fédéral les amène à faire leurs bilans satisfaits et optimistes. Le spectateur est peut-être moins convaincu, et je commenterai les activités de deux ministres particulièrement en vue, et de deux camps différents.

La présidente de cette année, Micheline Calmy-Rey, a fait un forcing extraordinaire à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Et c'est là que l'observateur a comme un doute, sur quatre points.

Ses déplacements vers les capitales du monde entier ont eu une cadence telle qu'aucun cabinet du monde ne pourrait assurer une préparation politique, mentale, culturelle réelle. C'est tout simplement creux. La deuxième remarque affaiblit en partie cette première constatation - la Suisse n'a pas tant de différends profonds et urgents avec tant de pays qui méritent un déplacement du chef de l'Etat. Une préparation approfondie n'est donc pas de mise. Mais alors c'est inutile.

Troisièmement, la fonction de président de la Confédération n'a rien d'extraordinaire, elle suit le tournus de l'ancienneté, et sa vraie tâche n'est que celle de coordonner le gouvernement. Les absences presque quotidiennes du Palais pour des voyages à l'extérieur ou à l'intérieur du pays sont peu compatibles avec l'accomplissement de cette tâche. Enfin, les conseillers fédéraux ne sont pas élus par le peuple. Leur présence aux quatre coins du pays, les enterrements, les réconforts, les entretiens avec la population ne sont donc pas la première obligation de ces hauts fonctionnaires fédéraux.

Le fait que la Suisse n'a pas été invitée à la conférence sur le Proche-Orient à Annapolis n'intervient pas «malgré l'activité intense» de la politique étrangère suisse, mais probablement à cause de celle-ci. Car les journaux avaient colporté la remarque de Condoleezza Rice, après sa rencontre avec la présidente suisse: «Je ne veux plus jamais voir cette femme-là.»

Le bilan de Christoph Blocher est mitigé lui aussi, et plus surprenant. D'une part, il n'a pas détruit le pays, ni son gouvernement, comme certains le laissaient entendre il y a quatre ans. Il s'est même limité dans son action à son propre département, d'une manière étonnante. Dans son domaine, il a placé quelques interventions publiques ciblées, comme celle contre la suprématie du droit international.

Mais de telles prises de position, comme celles de l'UDC contre les abus de l'aide sociale dans les cantons, ne sont pas toujours suivies de propositions très claires. Soit les ténors de ce parti parlent souvent pour la galerie, soit il y a une répartition des tâches peu visible, mais d'autant plus raffinée entre la préparation du terrain par le discours d'idées et les interventions sur le terrain parlementaire.

Au vu des quatre dernières années, l'action parlementaire consiste plutôt dans le blocage, quelquefois d'entente avec les socialistes (contre la réforme de l'armée et de la caisse de pension fédérale, par exemple). Mais en général les supporters de M. Blocher doivent se sentir déçus, car il n'est pas intervenu dans les politiques extérieure, européenne, fiscale, sociale, culturelle. Par contre on croit savoir qu'il a eu la main lourde dans la codécision sur les départements concernés, comme c'est le propre du système gouvernemental suisse: chaque conseiller fédéral n'a qu'une voix sur sept dans les décisions sur son département, mais il a aussi une voix sur les sujets de ses collègues.

M. Blocher attise les commentaires sur sa personne. Objet actif ou passif de prétendues intrigues pendant l'été, il en sort blanchi par ses propres collègues cette semaine. Mais certaines attaques continuent de se dispenser de preuves, comme celle de Daniel de Roulet dans Le Monde il y a deux semaines. Selon une recette connue, il rapproche Blocher et des relents racistes, le compare à l'extrême droite de Haider. C'est le même de Roulet qui confesse dans un livre avoir incendié le chalet du magnat de presse Axel Springer en Suisse, et le regretter, car il s'était trompé, Springer n'étant finalement pas un nazi. Visiblement, de Roulet n'a pas appris à gérer ses préjugés.

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