Cette fois, c'est allé très vite. Au début de la semaine, je participais à une émission de radio dans laquelle Claude Haegi, ancien conseiller d'Etat genevois, proposait de transformer Genève en un phare mondial de l'écologie. Mercredi déjà, le canton intégrait le postulat d'une «société à 2000 watts» dans sa nouvelle Conception générale de l'énergie 05-09.

Il ne reste donc plus que l'exécution de ce plan. Je différais avec M. Haegi sur la question de savoir s'il fallait instaurer un grand institut de l'environnement à Genève. A mes yeux, les connaissances actuelles sont suffisantes pour retrousser les manches et commencer dans le concret. Le plan «2000 watts» publié par le canton mercredi le prouve. Il s'attaque aux transports et au chauffage, donc aux deux domaines d'intensité particulière d'utilisation - ou de gaspillage - de l'énergie.

Une planification énergétique territoriale assurera une densité urbaine propice aux économies des transports, les transports publics seront réorganisés. Un plan directeur devra intégrer tout le char de l'Etat dans ce but. C'est très louable; il faudra cependant que ce plan directeur ne produise pas seulement des dépenses, mais qu'il interdise les dépenses actuelles qui contredisent les objectifs.

Concrètement, il faut décréter un moratoire sur les constructions routières. La pause des travaux de l'autoroute de l'aéroport peut durer et être étendue aux autres travaux du canton. Il faut en revanche commencer une ceinture ferroviaire urbaine à l'extérieur du centre immédiat de la ville de Genève, comme à Zurich et dans beaucoup de villes allemandes, ou comme avec le RER à Paris. Il ne faudra plus imposer des places de parking aux promoteurs d'immeubles. La pagaille dans les rues incite les pendulaires à utiliser les transports publics. A Lausanne, on prolonge considérablement le réseau du métro, mais si on ne restreint pas les facilités de la circulation routière, ce sera peine perdue. Cette renonciation n'est que rarement admise par les politiciens.

L'autre volet de la stratégie genevoise est bien décrit - en 2050, les 90% de l'énergie de chauffage seront dépensés dans des immeubles qui existent déjà. Là encore, il faut passer des appels aux actes, à savoir au décompte individuel des frais de chauffage et d'eau chaude. Pas besoin de faire des études, les appareils et les modes de calcul existent. On responsabilisera ainsi le seul domaine où les gens consomment l'énergie sans lien entre leur demande et le prix à payer. A Genève surtout, avec sa proportion de locataires très élevée, cette internalisation des coûts de l'énergie est impérative.

Sans cette radicalisation en matière de transports et de chauffage, Genève ne sera jamais un phare de l'écologie appliquée. Et, si l'on cherche la notoriété internationale, de telles mesures radicales peuvent l'amener.

Bien sûr, on pourrait aller plus loin. Genève pourrait développer un système semi-public et semi-privé de transports urbains. Des cabines individuelles pourraient glisser sur un réseau de conduite centralisée. Ou bien le canton pourrait instaurer une taxe routière automatique pour chaque voiture qui entre dans la rue, comme à Londres. Et, comme le transport aérien est le domaine qui accroît sa consommation d'énergie le plus rapidement, et sans payer des droits sur son carburant, la Suisse pourrait adhérer à l'idée d'une forte taxation européenne de ces carburants. Pour une fois, une telle harmonisation européenne est nécessaire, car le continent est incontournable, et les avions doivent refaire le plein de toute façon.

Et pour finir, le rayonnement mondial de Genève en matière écologique prendrait un éclat certain si l'on forçait, par tous les moyens disponibles, les diplomates de la Genève internationale à ne plus utiliser l'avion pour des conférences inutiles mais fanfaronnantes, et à découvrir les bienfaits de l'informatisation afin de transmettre des documents et d'échanger des idées. Ils s'en lamenteraient à travers le monde entier!

Je concède que mes propositions radicales peuvent légèrement choquer. Mais croyez-vous que Genève aura d'autres moyens pour abaisser les 4000 watts consommés actuellement par habitant à 2000 watts?

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