Paisible et positive, cette semaine pascale! Comme d'habitude, les bonnes nouvelles n'occupent qu'une toute petite place dans les journaux, mais elles arrivent pourtant. Ainsi l'Office fédéral de la statistique nous apprend qu'en 2003 les places d'apprentissage ont augmenté autant que le nombre de jeunes postulant pour une place, 3000 et 3000. C'est d'ailleurs une expérience répétée chaque année: en hiver, la panique règne dans tous les milieux concernés, chez les parents, dans les écoles et les associations professionnelles et encore plus dans les médias. Mais, dans la plupart des années, la pénurie se dissipe. Sans toujours avoir trouvé la place de leurs rêves, les jeunes sont plus ou moins casés. Cette année, ces états d'âme assez mouvementés, et bien sûr justifiés, vu l'enjeu pour un jeune, ont déferlé dans ma propre famille. Il fallait savoir ce que le cadet ferait en automne prochain. Eh bien! après moultes hésitations et démarches, le problème est résolu. Finalement, il a même pu refuser deux places offertes pour se fixer sur une autre solution.

La deuxième bonne nouvelle nous est arrivée d'une étude de l'Ecole polytechnique de Lausanne. Parmi ceux qui s'étaient résignés à utiliser les transports publics pendant les travaux dans le tunnel de Glion, les deux tiers ont été convaincus par l'avantage du train et lui restent fidèles. C'est un triomphe de flexibilité et de la capacité des humains d'apprendre! Et je ne peux m'empêcher de dire que les travaux à Glion, comme partout, n'ont démontré qu'une chose: qu'ils étaient inutiles. La vraie politique des transports, surtout dans les agglomérations, consiste à ne rien faire. Ainsi les gens découvriront les charmes de l'autre mode de transport, qui leur est offert aux frais de la princesse, c'est-à-dire de l'Etat. Il existe d'ailleurs une loi d'airain en la matière, à savoir que les pendulaires consacrent toujours trente minutes en moyenne pour leur transport au travail. Plus les facilités augmentent, plus ils s'éloignent.

Mais la troisième bonne nouvelle nous attend encore – elle est indirecte. Il n'y a pas eu cette semaine de scandale de financement de parti. En France, par contre, le procès contre 47 proches du maire de Paris de l'époque, Jacques Chirac, a commencé. Des malversations pures et simples sont en jeu, mais aussi la manière du financement des partis politiques. De ces procès, il n'y en a jamais en Suisse, car il n'y a pas de loi sur le financement des partis. Ils sont libres, les sponsors sont libres, et tout le monde peut avoir ses idées là-dessus. Si les fonds d'un parti semblent contestables, il peut tergiverser ou les rendre transparents et, dans ce cas comme dans l'autre, l'électeur en tirera les conséquences, sans loi.

Indirecte celle-là aussi, la dernière bonne nouvelle, je la tiens d'un contre-temps: les liaisons internet dans mon quartier n'ont pas marché pendant une journée entière. En m'énervant sur les limitations que cela m'imposait, j'ai découvert, avec l'esprit pascal qui est de mise, tous les avantages qu'Internet nous a procurés: c'est devenu ma source principale d'information d'actualité. J'y trouve les textes de philosophes et d'écrivains, du vieux Caton dernièrement, en latin. C'est mon dictionnaire pour le français et l'anglais. C'est mon recueil des lois et messages fédéraux, mon bottin de téléphone, mon horaire des chemins de fer nationaux et internationaux, mon courrier personnel et professionnel, mon accès aux rédactions, donc mon «canal de vente», c'est ma participation aux enchères chez EBay pour arrondir mes collections, et cela me permet de gérer mes avoirs en banque. Toutes ces fonctions faciles, atteignables de son lit ou presque, sont arrivées en moins de dix ans! Comme pour la statue du général Dufour à Genève, «érigée par souscription nationale», il faudrait organiser une souscription internationale à la gloire de Tim Berners-Lee, qui a inventé le Web – à Genève d'ailleurs. Inventeur généreux en plus, puisqu'il a renoncé à transformer son apport en standard breveté et payant. La Genève internationale, qui se targue d'être aussi l'un des points forts de la société de l'information, devrait chercher des idées. On ne fera pas une statue à cheval comme sur la place Neuve, mais Tim Berners-Lee à cheval sur un @? Qui dit mieux?

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