C’est donc reparti pour un tour (dans son salon). Malgré «des contradictions, qui suscitent colère, frustration, découragement: qu’est-ce qui est le plus essentiel en janvier, acheter un nouveau manteau ou un bouquet de fleurs?» Ce n’est en tout cas pas ce qu’offre au Conseil fédéral Le Quotidien jurassien (LQJ) dans son éditorial du jour après l’annonce du re-semi-confinement en Suisse! Tout en fustigeant le fait – comme beaucoup d’autres commentateurs de la presse – qu’on ait «peu parlé de l’élément central de la lutte anti-covid: la vaccination». Elle «peine à se déployer à travers le pays».

Bien au-delà des anachronismes militaires dont se pare très excessivement une internaute sur le compte Twitter du Temps en parlant de ministres qui «enfoncent un clou supplémentaire dans leur cercueil» et évoque la proximité d’un «Nuremberg 2.0» (!), le journal du plus jeune canton suisse fait appel aux «spécialistes de l’armée». Il se demande pourquoi ceux-ci ne sont «pas davantage engagés contre ce viral péril»… Tandis que d’autres, plus optimistes sur l’Arc jurassien, font contre mauvaise fortune bon cœur:

Et LQJ d’ajouter: «Organiser une salle de vaccination et pratiquer une injection ne devraient pas être hors de portée de troupes sanitaires bien instruites, bon sang!» On aime cette exclamation dérivée de «par le sang (de) Dieu!», donc blasphématoire dans les temps passés sur les terres d’un ex-ministre des Finances jurassien, le conseiller aux Etats PDC Charles Juillard. Parce que celui-ci a bel et bien peiné, sur le plateau d’Infrarouge mercredi soir, à retenir quelque sourire moqueur destiné aux colères exprimées au bout du lac contre les mesures venues de Berne (à la 30e minute):

Au bout du lac, justement, la Tribune de Genève – mais aussi son cousin vaudois 24 heures – se livre à son propre inventaire à la Prévert: «La carte postale oui, mais le livre non. La gigoteuse pour bébé oui, mais pas le bonnet. Les fleurs mais pas le vase pour les mettre dedans. Les piles, mais pas le réveil. Les bougies mais pas la lampe. Il faut lire l’annexe 2 de l’ordonnance sur les nouvelles mesures destinées à lutter contre la pandémie de Covid-19 en Suisse, qui liste ce que les magasins pourront vendre dès lundi et les rayons interdits.»

Non sans quelque ironie, l’éditorialiste de Tamedia juge que «le Conseil fédéral s’estime légitime dans ce rôle d’équilibriste et de maître d’école du fédéralisme». En prévenant qu’«en Suisse, la confiance envers les autorités et leur crédibilité s’effritent […]. Et ce n’est bon pour personne. Depuis la deuxième vague, le défi est aussi celui de la cohérence.» Mais «avait-il le choix?», ce gouvernement, questionne Le Courrier. «Pas tellement» et «de fait, le soutien politique est relativement large. […] Seule l’UDC est franchement dans le camp des opposants, avec un discours qui fleure bon le déni trumpiste.»

Une fois de plus, un certain «Coronagraben» se creuse dans l’herméneutique médiatique du degré de confinement qui nous est imposé. «Light» pour Le Temps, comme le souligne l’internaute ci-dessus, mais «hart» («dur») pour la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), qui n’est pas d’accord avec le principe du télétravail: si l’on nous dit de «garder nos distances, de nous laver les mains, de porter un masque et de pratiquer le home-office, c’est que cela réduit la contagion. Or si les trois premières mesures sont systématiquement respectées, il n’est plus si clair que cela aide encore de manière significative si l’on renonce à se rendre au bureau.»

Qui plus est, dit-elle, «que les fermetures de magasins apportent beaucoup si les concepts de protection sont respectés est tout sauf certain», comme le montre une nouvelle étude de l’Université de Princeton publiée par le European Journal of Clinical Investigation. Et pendant ce temps, «tests, traçage, vaccination: les autorités sont toujours débordées. Ce qui est particulièrement choquant, c’est que des mesures simples au moyen desquelles les autorités pourraient améliorer considérablement la situation fonctionnent encore mal.»

«Berset, démission!»

Il y a à l’heure actuelle plus de 400 commentaires à cet article de la NZZ, démontrant pour un lecteur qu’«une chose est en tout cas claire: si le nombre de cas continue de diminuer, Berset doit démissionner. Pourquoi toutes les personnes résidant dans des EMS (environ 100 000) en Suisse ne sont-elles pas encore vaccinées? Pourquoi des mesures inappropriées sont-elles à nouveau prises après le pic?» Car c’est bien «la ligne dure défendue par Alain Berset [qui] l’a emporté», dit La Liberté, face au virus variant.

Le quotidien fribourgeois parle du «même régime drastique qu’au printemps 2020. La fatigue que nous avons accumulée en plus, le soleil en moins. […] Privés de culture, de foot et de voyages, nous devrons en plus limiter nos réunions à cinq personnes. De quoi raviver le ras-le-bol et la grogne légitimes, en particulier des jeunes. Allez, encore un effort, nous intime le président de la Confédération […]. Rétablir l’adhésion de ses concitoyens usés nécessitera toutefois beaucoup de pédagogie.»

«Quand faut y aller, faut y aller»

Car «ça va être dur» et «ça va paraître long», prévient Le Nouvelliste, mais «nécessaires ou non, acceptables ou pas, les décisions du jour sont une nouvelle fois discutables, mais pas négociables. Six semaines. […] Quand faut y aller, faut y aller.» C’est-à-dire «vivre à la maison en télétravaillant, en faisant un saut au magasin pour manger, en allant se passer le temps chez le coiffeur ou au brico […] avant le retour à la normale que devrait permettre la vaccination.»

La vaccination, c’est l’antienne, ce «bout de code» dit inoffensif si l’on en croit Claire-Anne Siegrist, directrice du Service de vaccinologie des HUG, à Genève, qui s’exprimait ce matin dans On en parle, sur La 1re de RTS. Le graal selon ArcInfo, aussi: «La solution, répétons-le. Les éventuels effets secondaires sont sans commune mesure avec les ravages de cette pandémie. Nous en sommes au début de la fin.» Au début seulement, même s’«il y aussi de quoi craquer. Des personnes ne peuvent plus payer leurs factures ou n’arrivent plus à faire face psychologiquement. J’en connais, dit l’éditorialiste neuchâtelois, vous en connaissez.»

Alors, face au variant dit britannique qu’il caricature, ces mesures sont «aussi brutales qu’inévitables», selon le Tages-Anzeiger: «Pour la première fois dans la pandémie, le Conseil fédéral agit de manière préventive avant qu’une nouvelle vague d’infections ne s’accumule. Et c’est juste. […] On entend encore le mantra du ministre de la Santé, Alain Berset, qu’il a répété à chacune de ses nombreuses apparitions de l’été 2020: on va tout faire, vraiment tout, pour éviter un second lockdown. Ces efforts ont échoué.» C’est d’ailleurs, quoi, ça? C’est, selon la Basler Zeitung

… un désastre politique

«Elle a finalement vacillé, la lumière tant attendue au bout du tunnel. Les vaccins contre le Covid-19 ont été développés à une vitesse sensationnelle. […] Secrètement, au moins, beaucoup ont imaginé un début d’année un peu plus détendu», écrit le St. Galler Tagblatt. C’était l’espoir. En fait, le nombre de nouveaux cas de corona a tendance à diminuer. Mais la tempête qui se profile avec les nouvelles variantes de virus hautement contagieuses oblige le Conseil fédéral à agir à nouveau.» Pour «éviter une troisième vague», ajoute La Regione à Bellinzone. Qui «serait pire encore», enchaîne La Gruyère.

«Les restrictions touchant la vie publique et l’économie sont ardues et drastiques – mais inévitables d’un point de vue épidémiologique, ajoute le quotidien saint-gallois. Des semaines difficiles attendent la Suisse, peut-être les pires d’une crise qui nous a déjà beaucoup demandé. Et plus cela dure, plus nous aspirons à en finir, bien sûr.» Mais voilà, c’est comme ça. Au point que même le président de la Confédération a changé de camp, dit le Blick. Car le fameux variant «fait peur, et la Suisse se protège», renchérit à la une le Corriere del Ticino:


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