Avec le printemps arrivent les chiffres policiers et leur lot d’approximations. Pour la troisième année consécutive, la criminalité perd du terrain en Suisse mais de façon un peu moins marquée même si le recul des cambriolages bat un record. A Genève, canton qui revenait de très loin et qui a connu une embellie plus précoce, la tendance s’inverse. Pire, le nombre d’infractions au code pénal augmente de 6% en raison principalement d’un ajustement du calcul. C’est l’impitoyable univers de la statistique où le sens fait souvent défaut.

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La fragilité de cet exercice est apparue au grand jour avec une polémique. Lausanne, peu satisfaite d’occuper la première place du hit-parade des villes les plus criminogènes, a émis des doutes sur la manière avec laquelle sa concurrente directe comptabilisait. Non sans raison. Malgré l’unification statistique, Genève omettait- c’est du moins l’explication fournie ce lundi- de retenir un dommage à la propriété lors d’un vol de véhicule. Et comme ces vols de deux ou quatre roues sont très nombreux, le fait de doubler à chaque fois les infractions fait grimper en flèche la courbe des délits alors que la criminalité elle-même n’augmente pas. Sans ce rattrapage, l’évolution du total général serait en gros de 0% pour le canton.

On l’aura compris avec cet exemple, l’avalanche de chiffres ne permet pas toujours de mieux percevoir les phénomènes de délinquance. Et le coup de projecteur donné cette année à certains délits- les vols et les violences- ainsi que la prise en compte des villes de plus de 30’000 habitants amènent de nouvelles interrogations. Personne ne s’attendait en effet à voir Fribourg occuper la tête du classement des cités les plus minées par les brutalités physiques ou verbales. Une accession qui reste d’ailleurs assez inexpliquée.

Là réside sans doute la principale frustration née de cette grande messe policière toujours marquée par l’enjeu politique majeur que constitue la sécurité. L’absence d’une réflexion sur la valeur des indicateurs utilisés. L’absence aussi d’une analyse plus poussée des causes susceptibles de faire monter ou descendre certaines catégories d’infractions. Le cas des violences domestiques est à ce titre révélateur. Lorsque celles-ci baissent, ce n’est pas un sujet d’inquiétude. Lorsque celles-ci explosent, c’est alors grâce aux efforts de prévention qui poussent les victimes à dénoncer les faits. Une explication qui, au fil du temps et des courbes, ne suffit pourtant plus.

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