Qu’a retenu le Web des débats qui ont opposé les candidats à la Maison-Blanche? Un empilement de séquences fortes montées en «best of», certaines font moins de 40 secondes, d’autres vont jusqu’à plusieurs minutes. Et qu’est-ce qu’on y voit? Des fragments de monologues, des petites phrases assassines, des vannes bien senties, de brillants moments d’improvisation humoristique.

On trouve aussi d’autres temps forts de la campagne, comme les extraits des traditionnels discours humoristiques donnés par les deux candidats lors du gala de charité organisé par une fondation catholique de New York.

Sur le Web, on peut, si l’on a le temps, visionner les débats présidentiels dans leur intégralité. Mais ce qui circule le mieux, ce qui fait le «buzz», ce sont les petites sorties acides en mode pince-sans-rire.

A tel point que, vu de la Toile, on a l’impression que le sens de la repartie est le meilleur atout d’un candidat à la présidence des Etats-Unis. Bien entendu, c’est totalement faux. Celui qui sera fait président mardi sera celui que l’on déteste le moins… dans l’Ohio.

Reste que, sur la forme, et sur Internet, la campagne présidentielle 2012 semble avoir plus que jamais gommé les frontières entre politique spectacle et spectacle politique.

Entre le premier et le deuxième «vrai» débat présidentiel, les Américains ont pu assister à un «faux» débat opposant le très conservateur Bill O’Reilly, de Fox News, et le très démocrate Jon Stewart, de Comedy Central. Un débat politique sur le mode du show humoristique entre deux animateurs super-poids-lourds des médias américains. Les thèmes débattus lors de cette soirée «pur-web» – elle n’a été diffusée que là – étaient identiques à ceux traités par les deux candidats à la Maison-Blanche, l’humour en nettement plus.

Sur CNN le lendemain, l’hôte du matin, dont il faut dire à sa décharge qu’il doit avoir moins de 35 ans, affirmait avoir regardé ce débat en songeant que Barack Obama et Mitt Romney feraient bien de s’inspirer du style de Jon Stewart et Bill O’Reilly s’ils voulaient captiver les électeurs.

L’humour est un pouvoir, peut-être l’un des plus vieux du monde. Quant aux Etats-Unis, ils ont été la première société du spectacle, et en restent l’archétype. Mais à mesure que l’électorat se déplace vers la Toile, les formats se raccourcissent. Il ne reste aux politiciens qu’à aiguiser encore leur sens de la repartie. Ils ont désormais moins de 40 secondes pour convaincre.