Opinion

S’entre-connaître et se respecter pour ne jamais s’entre-tuer

Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation pour l’Entre-connaissance, et Dominique Voinçon, chargé du dialogue interreligieux pour l’Eglise Catholique dans le canton de Vaud, appellent à une entente respectueuse entre les religions

Oui, nous sommes et frères et sœurs en humanité par-delà nos religions, nous sommes horrifiés et nous condamnons à l’unisson avec grande fermeté tous ces crimes contre des innocents tels que ceux qui ont été lâchement et cruellement perpétrés à Madrid, à Istanbul, au Pakistan, en Égypte, en Afrique, à Orlando, à Paris et à Londres par le passé et très récemment ainsi que ceux commis partout ailleurs contre des populations tyrannisées et asservies par et pour le pouvoir.

Ceux qui les commettent en clamant le nom de Dieu ou leur fidélité à l’islam ou à toute autre religion ou au nom d’un extrémisme politique populiste ne sont que des assassins sans foi ni loi qui tuent en leur propre nom et/ou au nom de la folie de leurs maîtres assoiffées de sang.

Cette humanité à laquelle nous appartenons tous

Ensemble, toutes religions et cultures confondues, nous crions et nous agissons par l’entre-connaissance et le dialogue interreligieux et tout autre moyen possible non-violent pour que plus jamais ça…

Non, non et non à ces accusations de persécutions contre les chrétiens que l’islam ordonnerait aux musulmans de commettre pour affirmer la véracité et la primauté de leur foi. Celles et ceux qui nous accusent de la sorte appellent à la haine et nous appelons à l’entre-connaissance:

«Ô gens, Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme; Nous vous avons répartis en peuples et en tribus pour que vous vous entre-connaissiez…» (s. 49 v. 13).

Dans ce verset le Coran nous invite à faire acte d’entre-connaissance au nom de cette humanité à laquelle nous appartenons toutes et tous.

Contre l’ivresse de leur pouvoir

- S’entre-connaître c’est aller les un(e) s vers les autres indépendamment de notre foi, de notre culture, de notre origine et de notre statut social pour œuvrer ensemble à rendre notre vie ici-bas meilleure et espérer un au-delà paisible pour toutes et tous dans l’amour et la miséricorde de Dieu.

- S’entre-connaître pour qu’ensemble nous puissions préserver notre liberté, notre dignité et nos droits contre toutes celles et ceux qui voudraient nous asservir pour assouvir leur ivresse de pouvoir.

Nous devons reconnaître que certains pays qui se disent musulmans sont loin de faire honneur à ce que le Coran et la Tradition du Prophète Mohammed leur prescrivent au sujet de leur relation avec les gens du Livre. Nous leur rappelons qu’en 628, une délégation de moines de Sainte-Catherine se rendit auprès du prophète pour lui demander sa protection. Celui-ci leur octroya une charte leur garantissant leurs droits et nulle contrainte sur eux:

«Et par Dieu, dit-il, je résisterai contre quoi que ce soit qui les contrarie… Nul ne doit les chasser ou les forcer à se battre contre leur gré… En vérité, les chrétiens sont mes alliés et ils sont assurés de mon soutien contre tout ce qui les indispose. Le caractère sacré de leur alliance ne doit être violé en aucun cas. Nul musulman ne doit violer cette alliance jusqu’au Jour du Jugement dernier.»

Ils ont péri au milieu du danger

Il serait donc injuste d’accuser l’islam ou le Prophète des crimes que commettent ces criminels égarés qui se réclament à tort d’eux.

D’autre part, de nombreux chrétiens sont légitimement fiers du sacrifice des moines de Tibhirine en Algérie pendant les «années de plomb». Choisissant de rester au milieu du danger avec leurs amis algériens musulmans, ils ont péri.

Mais nos lecteurs savent-ils que des années auparavant un musulman avait donné sa vie pour sauver le Père abbé Christian de Chergé? Dans le même pays, toujours pendant ces années terribles de la guerre civile en Algérie (années 90), savez-vous que le jeune Mohamed Bouchikhi, chauffeur de l’évêque Pierre Claverie, est mort à ses côtés dans l’explosion d’une bombe? Il écrivait dans un petit carnet noir «Que Dieu lui donne de mourir avec son ami l’évêque d’Oran si cela devait arriver».

Nous n’irons pas plus loin car il serait inconsidéré de se jeter les morts à la figure: un chrétien ici, un musulman là. Par le dialogue interreligieux et l’entre-connaissance, nous chrétiens et musulmans de Suisse romande, voulons construire des ponts entre nos deux religions. Nous sommes absolument déterminés à coexister pacifiquement, en protégeant la paix religieuse dans nos cantons.

Totale mauvaise foi

Parfois, trop souvent même, nous sommes confrontés à la totale mauvaise foi de certains de nos interlocuteurs Suisses. Tels ceux qui voulaient faire interdire le Centre Suisse Islam et Société à l’université de Fribourg! Or ce centre veut justement sensibiliser les imams, les musulmans et tous ceux qui le souhaitent à une meilleure connaissance de notre pays. L’empêcher serait donc complètement contre-productif. Nous avons eu chaud! L’initiative n’est pas passée. Un recours suit au Tribunal Fédéral. Mais comment comprendre ceux qui veulent des imams mieux formés et qui de l’autre main, veulent interdire la moindre initiative en ce sens?

Celles et ceux qui cherchent à semer la discorde entre musulmans et chrétiens insistent surtout sur les questions qui divisent et parlent surtout de ce qui fâche. En revanche, celles et ceux qui veulent favoriser l’entente et la fraternité mettent en valeur la charte du Prophète aux chrétiens.

La majorité des chrétiens et des musulmans dans le monde sont de ceux qui veulent la paix et la fraternité… Nous voulons nous entre-connaître toujours et partout et non nous entre-tuer. La violence nous menace tous sans distinction, alors soyons frères et sœurs en Dieu et solidaires de tous nos semblables humains.

Voilà notre credo. Et quels que soient les vents contraires, nous le proclamerons haut et fort!

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