Festivals en mémoire

Le Septembre musical, la grande musique et le tourisme

Tous les mercredis de l’été, notre chroniqueur est revenu sur quelques grands moments des festivals, en relisant les articles du «Journal de Genève» et de la «Gazette de Lausanne». Ultime épisode à Montreux

Lorsqu’en 1946, Manuel Roth porte sur les fonts baptismaux le Septembre musical de Montreux, il offre une tribune internationale à d’illustres musiciens, qui plus est dans un pays demeuré isolé pendant la guerre. On y croise alors Ernest Ansermet, chef déjà légendaire, à la tête du prestigieux Kursaal de la Riviera. Avant lui, dans ces paysages s’étaient déjà aventurés les compositeurs Mendelssohn, Tchaïkovski, Ravel ou Stravinski. Excusez du peu.

«Le Septembre musical est mon enfant, je l’ai créé envers et contre tous, je l’ai senti pendant plus de 20 ans», dit alors deux décennies plus tard Manuel Roth à Pierre Hugli, critique à la Gazette de Lausanne, dans le quotidien daté du 24 septembre 1966. Puis il ajoute, amer: «Et maintenant, il m’échappe, je ne le sens plus le même.» Celui qui a fait de Montreux, bien avant Claude Nobs, «un centre artistique dont on parle dans le monde», ne se sent «plus entièrement à l’aise».

Pourquoi? Parce qu’une nouvelle ère commerciale arrivant, Roth refuse «l’ingérence du comité de direction de l’Office du tourisme dans un domaine» où il se sent «seul responsable», dit-il. En clair: le refus d’un programme trop pointu, qui entraîne la démission du directeur artistique. Et là, «les ennuis ont commencé» au sein d’un festival de musique classique qui est malgré tout devenu, un demi-siècle plus tard – âgé de 70 ans en 2016 –, le plus grand de Suisse romande.

Bien embêté par ce départ alors fracassant du Père, l’office du tourisme montreusien eût souhaité que Manuel Roth revienne sur sa décision. «Mais trop de mal avait déjà été fait», avoue encore ce dernier. Tout en demeurant pudique sur les «autres raisons» qui l’ont poussé à prendre la porte: il les qualifie d’«innombrables, que je préfère taire»… L’art et l’argent ne font pas toujours bon ménage.


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