Micheline Calmy-Rey et Hans-Rudolf Merz côte à côte, un discours sans rodomontades ni promesses. C’est l’image et le son qu’il aurait fallu produire depuis des semaines pour assurer la dignité gouvernementale si malmenée par l’affaire libyenne.

L’union manifestée mercredi par le Conseil fédéral ne fournit pas la certitude d’une unité de doctrine sur ce dossier, mais elle rétablit ce que l’on doit considérer comme le service minimum d’un gouvernement digne de ce nom: une façade de détermination commune.

Concrètement, privée de tout levier de pression sur la Libye, la Suisse s’en remet au respect de ses engagements internationaux pour réclamer le retour de ses deux ressortissants. Avec une certaine habileté, le Conseil fédéral lie leur sort à la normalisation des relations consulaires prévue par l’accord signé entre les deux pays. C’est une tentative honorable de transformer le camouflet de leur détention prolongée en un délai potentiellement conforme à l’accord signé.

Personne n’est dupe de l’efficacité de ce maquillage, mais la prudence des réactions politiques, de gauche à droite, montre bien que nul esprit raisonnable n’a d’autre option sérieuse à proposer.

Car la cruelle vérité est là: tout reste suspendu au bon vouloir de Tripoli. En annonçant le choix de son juge au tribunal arbitral après l’échéance prévue par l’accord, au moment précis où se terminait la conférence de presse fédérale, la Libye a de nouveau poussé son avantage jusqu’à l’extrême limite.

Les choses pourraient aller ainsi jusqu’au bout, afin d’infliger à la Suisse un supplice interminable. A moins que tout se dénoue brusquement, dans un élan de magnanimité embellissant l’ego complexe du despote – c’est un atout des tyrans sur les démocrates que d’être imprévisibles. Mais dans tous les cas, le colonel Kadhafi retirera le même bénéfice: celui d’avoir montré qu’il est le maître. On n’a pas fini de mesurer les conséquences, en Suisse, de cette humiliation que chaque jour aggrave.

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