Permettre aux citoyens de glisser leur bulletin dans l’urne ne suffit pas à qualifier un Etat de démocratie. C’est la leçon magistrale qu’offre aujourd’hui Israël, lancé dans un marathon électoral dont personne ne sait quand et comment il prendra fin.

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Les limites de l’exercice démocratique s’expriment d’abord par l’échec de cette coalition d’union nationale qui réunissait des partis de tous horizons à trouver un consensus sur le destin national. Quelles ressources pour quelles communautés? Quelle place pour la religion? Autant de questions sur lesquelles les députés se sont déchirés. Comment pourrait-il en être autrement alors que les tensions entre Israéliens juifs et arabes vont croissant, comme l’ont prouvé les violences de mai 2021?

Salves aux accents trumpistes

Certes représentée à la Knesset, la minorité palestinienne souffre d’une inégalité de traitement consacrée par la loi sur l’Etat-nation qui fait primer la judéité sur le caractère démocratique d’Israël. Et puis, la démocratie implique un respect de l’Etat de droit que Benyamin Netanyahou, dont les assauts contre cette coalition patchwork ont porté, a piétiné en poursuivant sa carrière politique alors qu’il est en procès pour corruption. Pour lui, hors de question d’assumer sa défaite: l’ancien premier ministre remet en cause la légitimité de cette coalition dans des salves aux accents trumpistes. Si la démocratie israélienne est en danger, enfin, c’est que la dissolution du parlement redonne ses chances à l’extrême droite soutenue par Netanyahou. Un mouvement certes minoritaire, mais dont les idées rencontrent toujours plus d’écho.

Israël n’est bien sûr pas la seule démocratie en crise. Plus près de nous, il y a la France, dont le chaos politique montre les limites du système de gouvernance. Mais après 74 ans d’existence dont 55 comme occupant de territoires dont en réalité il ne sait que faire des habitants, l’Etat hébreu se trouve à une croisée des chemins. Quelles sont les frontières de ce pays? Et au fond, être Israélien, c’est quoi? Voilà les questions tout au fond de la crise de cette démocratie qui se vantait d’être la «seule du Proche-Orient» et se trouve aujourd’hui à bout de souffle.