Comme avec un grand-père, un oncle vieillissant, ou un voisin bien sympathique, mais au demeurant un peu collant: le temps n’a pas manqué de se familiariser avec Shimon Peres, qui a passé plus de six décennies à incarner alternativement la guerre et la paix, à servir Israël et à le représenter à l’étranger, à représenter l’étranger en Israël et, bien souvent, à se représenter lui-même. Etonnant à l’occasion, presque désespérant le reste du temps, Peres a été pendant toutes ces décennies l’un des personnages les plus centraux de l’État hébreu (le dernier survivant de ses «pères fondateurs») mais aussi une sorte de créature étrange, jamais tout à fait à sa place, comme en quête perpétuelle de reconnaissance.

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Pour se maintenir de cette manière au pouvoir, de surcroît au Proche-Orient, combien de compromissions, combien d’acrobaties et de retournements? Jamais élu par les Israéliens malgré sa très longue carrière, Shimon Peres aura, malheureusement, été bien plus souvent l’homme des occasions manquées que des réussites déterminantes.

La région serait-elle aujourd’hui différente si, au sortir de la guerre des Six-Jours, l’Israélien avait tué dans l’oeuf le mouvement de la colonisation juive des territoires palestiniens, comme il en avait alors le pouvoir? La gauche israélienne serait-elle encore vaillante à l’heure qu’il est si, dans un Israël traumatisé par l’assassinat de son complice-rival Itzhak Rabin, un Shimon Peres pris de panique n’avait pas lâché le feu sur les Palestiniens et le voisin libanais? Le «processus d’Oslo» aurait-il évité de s’écraser contre le mur si Peres avait mis autant d’acharnement à le défendre qu’il mit de vigueur à justifier, ensuite, les agissements d’un certain Ariel Sharon, autre adversaire-complice de la même génération?

C’est sans doute trop demander à un seul homme. Sauf si cet homme a passé une partie de sa vie à intriguer dans les couloirs de la politique israélienne (un «comploteur infatigable», dira de lui Rabin) et à chercher de manière insatiable la lumière des projecteurs.

«De Dimona à Oslo», dit le quasi-adage qui accompagne d’ordinaire le compte-rendu de cette carrière. Dimona: la puissance nucléaire obtenue par Peres auprès des Français qu’il courtisait. Oslo: un rêve devenu progressivement cauchemar pour les Palestiniens, malgré les poignées de main à la Maison-Blanche et malgré le Prix Nobel de la Paix, dont il acquit le tiers. Entre ces deux pôles, Shimon Peres aura occupé pratiquement tous les postes de pouvoir disponibles. Mais il aura aussi été, particulièrement à l’étranger, le réceptacle d’attentes qu’il contribuait davantage à soulever qu’à assouvir.

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