C’est la saison des marrons, j’en retrouve un peu partout, dans mes poches, dans mes sacs, et jusqu’au marronnier dans mes journaux télévisés. A ce point, il faut que j’explique à ceux qui ne le sauraient pas que dans le jargon des journalistes, un marronnier est un sujet récurrent, qui revient ponctuellement, comme les bouchons en partant en vacances ou les remarques sur les tenues vestimentaires des lycéennes peu après la rentrée. Ça n’a pas manqué. De l’autre côté de la frontière, le ministre de l’Education nationale française vient en effet de déclarer qu’il fallait s’habiller «de façon républicaine» pour venir en classe. Avec aussitôt des ripostes drôles sur les réseaux de filles posant en Marianne symbole de France, à moitié dévêtues.

Les garçons moins bêtes qu’on ne le pense

Je ne vais pas vous faire mon top 10, surtout que ça commence à dater un peu, mais j’en ai reçu à la pelle, moi aussi dans mon adolescence, des injonctions à rajouter des centimètres à mes habits. Je crois que l’on ne peut comprendre et combattre le sexisme sans gratter les deux faces de la pièce. Evidemment que les jeunes filles doivent comprendre le rôle d’objet dans lequel peut les enfermer un t-shirt à inscription connotée ou le fait de s’habiller de façon trop estivale ou «provocante», comme disent les gens qui ont peur du sexe. Mais je devine également les jeunes garçons beaucoup moins bêtes qu’on ne le suppose. C’est un peu short, c’est le mot, de les penser incapables, hormones en fusion ou pas, de «résister», ou de ne pas bien se comporter face au moindre nombril ou épaule qui dépasse.

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Nos écoles ne sont pas des églises

L’apprentissage du désir, de ses limites, de son miracle et ses glissements, se fait à l’adolescence pour les deux sexes, ensemble, en se regardant. Nos écoles ne sont pas des églises mais des lieux d’exploration, d’apprentissage de la vie. Y rhabiller seulement les gamines, c’est leur faire une fois encore le procès criminel qu’elles sont les seules responsables de tout le problème: c’est exactement comme cela que l’on construit une culture du viol. Alors quand je vois ces collégiennes se battre pour un crop top, je suis de leur côté, car je ressens d’abord un combat sans fin pour leur liberté de devenir elles-mêmes, et d’autant plus passionnant qu’il est anecdotique, un peu frondeur, rempli d’un air heureux, regardant notre étrange époque dans les yeux. Un temps où il est devenu si urgent de ne pas désérotiser le monde. Il n’y a résolument rien d’indécent à être une femme.


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