Les fantômes du cinéma

«Showgirls» de Paul Verhoeven, piège à voyeurs

Le circuit vidéo a réhabilité le film de Verhoven jugé comme le pire de l’année 1996. Un pamphlet féministe dans la veine de «King Kong Théorie» de Virginie Despentes. Tous les lundis et mercredis de l’été, notre chroniqueuse explore les films culte ou qui ont marqué une génération et se demande comment ils nous parlent (ou non) encore aujourd’hui

Paul Verhoeven est le cinéaste du malentendu. A chacun de ses films, la critique ou des associations bien-pensantes lui tombent dessus. Il a été accusé tour à tour de faire l’apologie du fascisme, du viol et de la misogynie. Showgirls n’échappe pas à la règle. Taxé de pire film de l’année en 1996, il a été 13 fois nominé aux Razzie Awards, les Oscars de la honte. Mais via le circuit de la vidéo, le film a connu une seconde vie, et un groupe de fans s’est constitué pour le réhabiliter: Quentin Tarantino, John Waters et aussi Jacques Rivette, un de ses admirateurs historiques.

Mélange de All about Eve et de Tous en scène!, Showgirls nous immerge avec énergie et virtuosité dans le monde des strip-teaseuses. L’histoire est simple: Nomi, fille sans le sou, débarque à Las Vegas pour devenir danseuse et connaître la gloire, comme le lui promettent tous les panneaux publicitaires.

Evidemment, c’est l’enfer qu’elle va découvrir: cynisme, cruauté, humiliation, violence, et surtout un système dominé par les hommes, pour qui les femmes ne sont que des monnaies d’échange et des trophées.

Pour survivre dans cette jungle, où les chorégraphies sont filmées comme des exercices militaires et la nudité comme une tenue de combat, Nomi se fera aussi vicieuse que le monde qui l’environne. Comme toutes les héroïnes de Verhoeven, elle sait que le sexe est sa meilleure arme pour mener le jeu. La scène de la piscine, classée parmi les dix meilleures de l’histoire du cinéma, montre bien que la sexualité est moins un rapport de séduction que de domination. Elle se servira aussi du code de la féminité stéréotypée pour régler son compte au violeur de son amie Molly dans une scène de vengeance aussi jouissive qu’un duel de western.

Showgirls peut se lire comme une illustration du pamphlet de Virginie Despentes, King Kong théorie. Les apparences sont trompeuses; celle qu’on pensait oie blanche est en fait une guerrière.

Les premiers plans du film l’annonçaient déjà, mais pour le remarquer il aurait fallu ne pas regarder seulement la plastique irréprochable de Liz Berkley, dont l’échec du film condamna la carrière. Showgirls est un vertigineux piège à voyeurs.


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