Revue de presse

La sidération après l’attentat sur le marché de Noël à Strasbourg

Le Christkindelsmärik est connu loin à la ronde et attire les foules. La consternation s’est abattue sur cette manifestation qui appartient à l’identité de la ville et qui, à cause de cela, a fasciné un tueur

«Je marchais dans la rue des Francs-Bourgeois lorsque j’ai entendu des coups de feu. J’ai […] vu un homme à terre. […] Les militaires étaient déjà sur place. J’ai tout de suite appelé mon frère, qui est médecin, pour savoir quoi faire et il m’a expliqué que je devais compresser la plaie mais je n’ai pas réussi à trouver l’entrée de la balle. Il perdait beaucoup de sang», dit-il à L’Alsace.

Lire aussi: Le point sur l’attaque du marché de Noël de Strasbourg

Laurène, elle, a vu le tireur, lit-on encore dans le quotidien de Mulhouse: «J’ai entendu une détonation, comme un pétard mais très fort. J’ai tourné ma tête vers ma gauche et j’ai alors vu un homme à terre, allongé. A côté de lui, un autre type restait stoïque, avec le regard dans le vide, en tout cas au loin. C’est ça qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est qu’il ne l’aidait pas.»

Deux millions de visiteurs chaque année

Scènes d’épouvante. On est à Strasbourg. «Strasbourg, capitale de Noël», «La magie, du 23 novembre au 30 décembre»… Les slogans ne manquent pas pour vanter le Christkindelsmärik, nom donné en dialecte alsacien au traditionnel marché qui se tient depuis 1570 à Strasbourg, et qui a longtemps été le seul du genre en France. La manifestation attire chaque année 2 millions de visiteurs venus du monde entier. Cible de choix que cette foule pour un assaillant…

Plusieurs centaines de membres des forces de sécurité ont été mobilisées dans la nuit de mardi à mercredi pour tenter de retrouver l’auteur en fuite de la fusillade de mardi soir, alors que le gouvernement décidait de placer la France en «urgence attentat». Quelque 350 personnes, dont 100 membres de la police judiciaire, des militaires et deux hélicoptères, sont aux trousses du suspect, indique le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui s’est exprimé à la préfecture du Bas-Rhin, où il a été dépêché par le président Macron:

«Vers 20 heures, précise le communiqué, un individu armé est rentré dans le périmètre du marché de Noël par le pont du Corbeau en se dirigeant vers la rue des Orfèvres. L’individu a ouvert le feu, blessant plusieurs personnes. Le bilan provisoire fait état de 14 victimes dont 3 personnes décédées, 5 blessés graves et 6 blessés légers. Le point de regroupement des victimes, installé place Kléber, a été levé en milieu de soirée après prise en charge et orientation de l’ensemble des victimes vers les centres hospitaliers de Strasbourg.»

Puis «le bouclage de la Grande Ile a été levé en fin de soirée; les personnes présentes au centre-ville ont été évacuées par le secteur des Halles. Les personnes qui étaient présentes et sans solution d’accueil et d’hébergement ont été orientées vers le gymnase Schoepflin. Une cellule d’urgence médico-psychologique installée dans les locaux de la Chambre de commerce et de l’industrie (CCI), place Gutenberg, reste ouverte.»

Lourds antécédents

Selon les informations de L’Alsace, «le suspect, un homme de 29 ans, est connu pour des faits de droit commun en France et en Allemagne, pour lesquels il a purgé ses peines. Il est originaire du Hohberg, dans le quartier de Koenigshoffen, à Strasbourg. Ch. Ch. a été condamné en 2011 à 2 ans de prison, dont 6 mois ferme pour une agression avec arme (des tessons de bouteille). Il est fiché S, pour «sûreté de l’Etat».» La photo du suspect a été confirmée par une source policière à L’Est Républicain, notamment via ce tweet émis par SITE Intelligence Group, entreprise américaine créée en 2008 et surtout connue du grand public pour diffuser auprès des services de presse internationaux les messages vidéo d’organisations terroristes islamistes:

L’éditorialiste des Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) se désole: «Le tireur n’a même pas cherché à éviter les mesures dites «de sécurité», pieusement multipliées au centre-ville depuis quatre ans, qui ne trompaient personne, embêtaient les braves gens et, au moment fatidique, se sont révélées vaines. […] La consternation s’est abattue sur ce marché de Noël […] qui appartient à l’identité de la ville et qui, à cause de cela, a fasciné un tueur. Le terrorisme est rusé. Il se sert des images les plus évidentes pour les manipuler.»

Ce mardi matin, poursuit L’Alsace, «une perquisition aurait été réalisée à son domicile, dans le cadre d’une enquête menée par les gendarmes sur un braquage. Il aurait été blessé dans un échange de coups de feu avec les militaires du dispositif Sentinelle, au cours de l’attaque terroriste. Il se serait, au cours de sa fuite, engouffré dans un taxi. Le chauffeur de taxi, qui est indemne, a dit aux policiers que le suspect était blessé.»

Les DNA rappellent aussi qu’«une affaire de terrorisme reste gravée dans la mémoire strasbourgeoise: le projet d’attentat au marché de Noël et à la cathédrale de Strasbourg, déjoué de justesse en décembre 2000. Quelques jours avant de passer à l’action, quatre hommes avaient été arrêtés à Francfort par les policiers allemands, grâce à une coopération transfrontalière fructueuse.»

«Pas question de plier»

Quinze ans plus tard, Strasbourg avait maintenu la manifestation «quelques mois après les attentats de Paris, histoire de prouver au terrorisme international qu’il n’était pas question de plier sous le diktat d’un extrémisme moyenâgeux. Mais, cette fois-ci, la capitale alsacienne a été directement visée. Pourra-t-elle maintenir la fête après une telle tragédie, provoquée de surcroît par un natif de la ville? De toute évidence, l’ambiance n’aura rien de festif», juge Le Figaro.

Plus rien de festif, non, dans ce «bruit sourd des hélicos» qu’a entendu Libération: «Les sirènes se sont presque tues. Le silence s’est abattu d’un coup. Milieu de la nuit, de nombreuses fenêtres sont encore allumées aux immeubles. Personne ne bouge, mais personne ne dort vraiment. […] Certains restent plantés sous la bruine glacée. A chaque fois, le même long soupir, le même «cela devait arriver un jour». Puis plus rien, puis l’effroi. […] La Grande Ile bouclée. Déserte, sombre, hermétique. Encerclée d’eau, encerclée de forces de l’ordre.»

C’est comme si le temps s’était «suspendu à 20h»: «Même l’immense café Bâle est plongé dans la pénombre. On se terre, sans bruit. La tête dans les mains, certains clients ploient sous la fatigue. […] A côté, quatre jeunes femmes […] émiettent le pain. Elles étaient parties pour un verre, juste un. Et les voilà, comme figées. «On savait qu’un jour ça allait arriver mais on faisait comme si cela n’arriverait jamais», dit l’une d’elles, «choquée». Son amie poursuit: «On a conscience que Strasbourg est une cible, surtout à Noël. Mais on ne pensait pas que ce serait ce soir.»

Annulations en masse

«Les cours n’auront pas lieu dans les écoles maternelles et primaires ce mercredi matin», indique France Bleu. Les établissements assurent leur fonction d’accueil, mais les parents sont invités, dans la mesure du possible, à garder leurs enfants à la maison. Le maire a aussi annoncé que «mercredi serait une journée de deuil en mémoire des victimes. Les drapeaux seront mis en berne et un registre de condoléances ouvert pour les Strasbourgeois. Roland Ries, qui est rentré dans sa ville en compagnie du ministre de l’Intérieur, a précisé qu’il décidait pour l’instant de fermer le marché de Noël. Les spectacles sont également annulés, tout comme les manifestations à caractère festif.»

De nombreux journaux régionaux évoquent aussi le drame en une, le site internet de France Télévisions les a rassemblées. La rédaction de France 3 Alsace se mobilise pour revenir sur la tragédie: une émission spéciale sera diffusée en direct ce mercredi à partir de 9h50 sur France 3 Grand Est. Mais dans cette immense compassion, les DNA ne seront «en revanche pas en kiosque, car l’impression n’a pas pu avoir lieu en raison du confinement du centre-ville de Strasbourg». Le journal sera cependant disponible en version numérique, sur son site internet. Aucun de ces médias n’a pu, au moment de son impression, prendre en compte le dernier bilan dévoilé par la préfecture du Bas-Rhin aux alentours de 3 heures du matin:

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