«En Allemagne, il n’y avait jamais eu de chancelière avant moi et, en Europe, il n’y avait encore jamais eu de présidente de la Commission, jusqu’ici il n’y avait que des hommes. Nous sommes confiantes dans notre aptitude à le faire aussi, pas vrai, Ursula?» Depuis cette semaine, la destinée de l’Europe est en grande partie confiée à deux femmes: Angela Merkel préside l’Union et Ursula von der Leyen préside la Commission. Répondant à un journaliste de la Deutsche Welle sur cette particularité, la chancelière allemande et son ancienne ministre ont affiché leur complicité. Mais qu’est-ce que cela change sur le plan politique? Hormis que cela témoigne de la place grandissante des femmes dans les plus hautes sphères du pouvoir, le genre peut-il infléchir la construction européenne?

Capacité de rupture

On pourrait rétorquer qu’il y a bien d’autres choses, tout aussi significatives, que partagent les deux femmes. D’abord, elles sont toutes deux Allemandes, originaires du nord. Cela leur donne un accent. Elles sont toutes deux de formation scientifique (l’une physicienne, l’autre médecin). Cela forme une pensée. Elles sont toutes deux protestantes. Cela façonne un esprit. Elles sont membres d’un même parti, la CDU. Cela forge une camaraderie. Elles sont donc toutes deux conservatrices. Et toutes deux sont des représentantes de l’aile sociale de la démocratie chrétienne, ce qui les place résolument au centre de l’échiquier politique. Elles se distinguent encore toutes deux par leur pragmatisme dans l’action et par leur idéalisme dans leurs aspirations européennes. Angela Merkel et Ursula von der Leyen sont en quelque sorte l’incarnation faite femmes de ce capitalisme rhénan, alliant libéralisme économique et justice sociale, qui fit le succès de la voie européenne durant la phase de reconstruction du continent, lorsqu’il n’y avait que des hommes à la barre.