Puisque vous avez le bon goût de lire les journaux, de regarder la télévision et d’écouter la radio, vous aurez lu, vu, entendu établir le lien entre coronavirus et environnement, crise sanitaire et défi climatique. Soyez immédiatement rassuré, je ne vais pas me lancer à mon tour: les savants et les sachants dérouleront bien mieux que moi la chaîne de causalité qui relie, dans le temps comme dans l’espace, la croissance carbonée et le pangolin zéro.

Une autre épiphanie

L’observation rêveuse du contexte élargi dans lequel s’ébroue notre ennemi le virus éveille en moi une autre épiphanie, parfaitement vertigineuse: la surprise est devenue la règle. Cela m’est apparu en pleine heure creuse, sur un des innombrables groupes WhatsApp qui me servent désormais d’amis. Dans une petite vidéo que j’avais pourtant déjà vue, et vous aussi.

Nous sommes en 2011 et Barack Obama fait rire le Tout-Washington en ouverture du dîner des correspondants de la presse américaine. Surdoué de l’exercice, le président enchaîne les vannes qui claquent, se farcit ses détracteurs et étrille celui qui n’est alors qu’un guignolesque milliardaire du petit écran: Donald Trump. Obama projette même un montage de la Maison-Blanche barrée du logo Trump et tout le monde est mort de rire. Cinq ans plus tard, surprise: le guignol étrillé devient président des Etats-Unis.

Dans un monde totalement maîtrisé, mesuré jusque dans ses moindres recoins et radiographié jusqu’à l’os, s’est produit l’inconcevable, l’inimaginable, l’impensable, l’impensé. Le siècle des surprises était officiellement ouvert.

Alors le festival a commencé. En vrac et dans le désordre: Emmanuel Macron a marché sur l’Elysée, Arnold Schwarzenegger est devenu un modèle de sagesse, Roger Federer a gagné un dix-huitième (un dix-neuvième et un vingtième) Grand Chelem, Johnny est mort, Guy Parmelin est entré au Conseil fédéral, Lara Gut a épousé Valon Behrami, les Valaisans ont voté vert et, cerise sur l’improbable gâteau: un virus chinois a paralysé la planète.

Et demain, quoi encore?

Prévisionnistes et futurologues peuvent raccrocher pour de bon. Demain, la paix dans le monde? La téléportation? L’invasion des extraterrestres? Le retour d’Eric Stauffer? Pourquoi pas. Désormais, tout est possible.

Soyons francs, nous avons connu situation plus confortable. Les êtres rationnels que nous sommes censés être ont une appétence naturelle pour la prévisibilité et il est difficile de s’habituer à tomber de sa chaise. Mais si illisible soit-elle, la nouvelle donne a peut-être un avantage: celui d’inviter à ne plus jamais baisser les bras. Puisque tout est possible, essayons d’en faire quelque chose. Nous ne sommes définitivement plus à l’abri d’une bonne surprise.


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