Revue de presse

Silvio Berlusconi, inéligible mais encore une fois premier ministre potentiel

En Italie, les législatives du 4 mars prochain s’annoncent très incertaines et confuses. Certains espèrent le retour du Cavaliere au pouvoir, d’autres se désolent que dans ce pays, décidément, «rien ne change»

Alors que le procès de Silvio Berlusconi, accusé d’avoir acheté plusieurs témoins de ses fameuses soirées «bunga-bunga», a été renvoyé en mai, les prochaines élections législatives en Italie auront lieu le 4 mars prochain. En vue de cette échéance, l’ancien chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a déjà scellé, il y a une dizaine de jours, son alliance avec la droite souverainiste de Fratelli d’Italia et les nationalistes de la Lega:

L’objectif est clairement affiché: reconquérir le palazzo Chigi, avec une quatrième présidence du Conseil, après ses mandats de 1994 à 1995, de 2001 à 2006 et de 2008 à 2011. Sur ce sujet délicat, lit-on sur le site Eurotopics, les avis des éditorialistes divergent. Le Cavaliere, pourtant interdit de mandat jusqu’en 2019, peut redevenir premier ministre, assure Polityka, en Pologne. Mais «pourquoi est-il si facile pour Berlusconi, condamné en 2013 pour fraude fiscale et compromis à tout point de vue, de faire son retour en politique italienne? […] Il brigue essentiellement les voix des conservateurs. Mais aussi celles des laissés-pour-compte et des exclus, comme les femmes au foyer, les chômeurs et les retraités. […] Il a déjà été au pouvoir, un gage de fiabilité pour de nombreux Italiens. Et il promet également […] d’instaurer une flat tax [un impôt sur le revenu à taux fixe] et de revaloriser les retraites. Des mesures qui justifient une amnésie passagère.»

La droite est certes «parvenue à se rassembler, ce qui pourrait lui permettre d’atteindre 36% des suffrages», assez pour rebâtir une coalition au pouvoir selon la nouvelle loi électorale. Mais cet assemblage que les sondages donnent en tête et que Courrier international qualifie de «disparate et bancal» fait aussi beaucoup rire une autre partie des Italiens. D’ailleurs, «le sourire lifté» du Cavaliere s’affichait récemment à la une de l’hebdomadaire Internazionale qui, «face à ce paysage désolé», titrait: «L’embarras du choix»:

L’homme a aussi beaucoup énervé ses opposants lorsque, invité de l’émission Porta a Porta de RAI Uno, il a salué les «saintes paroles» de Catherine Deneuve dans Le Monde. Ce, après tous ses «dîners élégants», ses relations avec une prostituée mineure, «preuve s’il en fallait encore une que dans ce pays tout change mais reste fidèle à lui-même», s’irrite La Repubblica. «Il faudrait être naïf pour croire», dit-elle, que cet «hypermacho» s’est emparé par hasard «du sujet du harcèlement des femmes et de la séduction». Il avait un peu de «bunga-bunga» à se faire pardonner.

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Au-delà des gags salaces, la réalité de la droite italienne est tout autre. Elle est «incapable d’exister sans Berlusconi», relève un expert dans Le Figaro. «En Italie, rien ou presque ne semble avoir changé: les électeurs comme les politiques vieillissent, et la stagnation semble être partout la règle. Alors qu’un vent de mécontentement parcourt la Péninsule, Silvio Berlusconi rassure.» Il est «inéligible mais incontournable», renchérit Le Monde, qui s’amuse à énumérer les chapitres de son retour en politique:

Dimanche 14 janvier à 17 heures sur Canale 5, mardi 16, à 23h30 sur la même chaîne, jeudi 18 à 11 heures sur La7 puis à 21h15 sur Rete4, vendredi 19 à 9h55, de nouveau sur Canale 5, et dimanche 21 à 20h30, encore sur La7…

Seulement voilà: depuis, presque plus rien. Le site Zonebourse.com signalait ce mercredi que «pour la deuxième fois en quatre jours, Silvio Berlusconi a annulé sa participation à une émission politique», suscitant soudain des interrogations sur sa santé, lui qui a subi une opération à cœur ouvert en 2016. Il a cependant «tenu à rassurer l’opinion en déclarant par téléphone sur une des chaînes de télévision qu’il possède que le processus d’investiture des candidats […] l’avait épuisé».

«Désolé, mais je vais bien»

En ajoutant: «Je suis désolé de décevoir nos concurrents, mais je vais bien. Sérieusement, je vais bien. Après avoir travaillé dix-sept heures par jour pendant cinq jours, changé d’avis, pris des décisions difficiles, provoquant contrariété et chagrin, je me suis accordé un petit break. C’était des jours stressants […] mais nous allons maintenant relancer la campagne électorale pour gagner», a-t-il poursuivi.

Silvio Berlusconi est donc bel et bien de retour, écrit encore Le Monde, «comme aux plus belles heures de sa longue carrière politique, […] il enchaîne les interviews, à toute heure du jour et de la nuit, sur les chaînes de son empire télévisuel. […] Interrogé sur son âge – 81 ans – il a lancé à son intervieweuse: «Je me sens comme un jeune homme!»

La présidence du Conseil, est-ce vraiment possible?

Europe 1 est plus circonspecte: pour elle, «Berlusconi ne sera probablement pas chef du gouvernement». Il faudrait pour cela que la Cour européenne des droits de l’homme lève très rapidement son inéligibilité. Théoriquement, cependant, il pourrait accéder à la présidence du Conseil, «car c’est le chef de l’Etat», le président de la République, «qui donne le mandat […] de former un gouvernement», le premier ministre n’est pas élu. «Mais il y a peu de chances que cela arrive.»

Et de poursuivre: «Berlusconi ne peut pas espérer avoir aujourd’hui un rôle politique direct. Il aura un rôle important en coulisses, en tant que chef de parti politique, dans les négociations pour la formation d’un gouvernement. Il essaiera bien sûr de placer ses hommes à la tête du gouvernement, mais il ne sera ni député ni chef du gouvernement. Pour autant, Berlusconi n’arrêtera jamais la politique car c’est un jeu pour lui, il s’amuse.»

Pire que «Berlu», le Mouvement 5 Etoiles…

Toutefois, écrivait The Economist dans ses prévisions pour 2018, «en raison du morcellement du paysage politique», il est aussi «probable qu’aucune majorité claire n’émerge» au soir du 4 mars. Pire que Berlusconi encore, s’inquiète l’hebdomadaire britannique, «la formation populiste Mouvement 5 étoiles pourrait être la première force politique du pays. De quoi affoler les marchés» au moment où l’économie du pays «commence enfin à se remettre de la double calamité de la crise financière et de la crise de l’euro».

L’issue du scrutin risque donc d’être compliquée et pourrait ralentir une reprise que le 43e président du Conseil – depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale – sera dans l’obligation de soutenir. Pas sûr que le président de la République tienne un oiseau rare en qui il puisse vraiment avoir confiance dans un mois.

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