Quand le G20 fut créé à l’échelon des chefs d’Etat et de gouvernement, à la suite de la crise financière de 2008, pour réunir les principales économies du monde, la Suisse fit valoir qu’étant la vingtième économie du monde, elle avait sa place dans ce cénacle. Cependant, les membres du G20 ont été sélectionnés non seulement en raison de leur importance économique et financière, mais aussi parce qu’ils avaient chacun dans leur région géographique un certain poids politique, en qualité de chef de file d’organismes internationaux ou de centres de réseaux d’alliance ou de coopération. De ce fait, la Suisse n’était pas éligible au G20. De plus, elle en était l’une des cibles principales: dès 2009, le G20 s’est donné pour mission l’abolition du secret bancaire que la Suisse défendait encore bec et ongles avant de l’abolir tout soudain. C’est à ce moment-là que la Suisse a pris conscience de son isolement international et de la nécessité de suivre les standards internationaux en matière de transparence et d’échange d’informations. Dans un monde en pleine évolution, les anciens points de repère avaient disparu.

Un modèle asiatique

Les circonstances n’ont pas changé depuis lors, si ce n’est que le réalignement du monde et les tensions internationales bouleversent de plus en plus l’ordre et l’équilibre existants. La Suisse, qui veut agir en solitaire dans un cadre de droit fixe, n’a pu jouer de la diplomatie d’influence à laquelle elle aspirait nominalement. C’est à cette réalité que s’est heurté M. Philipp Hildebrand, amené à retirer sa candidature au poste de secrétaire général de l’OCDE, faute d’avoir pu mobiliser suffisamment de soutiens. L’idée de débaucher des voix de l’Union européenne s’est avérée illusoire. Le candidat australien a réuni des suffrages de sa région indo-pacifique et du Commonwealth. La valeur et la solidité de la campagne du candidat suisse n’ont rien pu changer aux faits géopolitiques. La Suisse reste sans «suiveurs» diplomatiques. Le candidat malheureux fait une suggestion: la Suisse devrait imiter Singapour, le grand succès de l’Asie du Sud-Est, qui utilise son fonds souverain, alimenté par des investissements massifs de sociétés multinationales, pour se gagner des appuis et s’assurer un rayonnement sans pareil, notamment au sein des pays membres de l’Asean, ses partenaires régionaux. La cité-Etat est par exemple observatrice permanente au G20, statut que la Suisse n’a pas obtenu.