(in)culture

Sir Elton et Mr. John

Le Montreux Jazz Festival investit le stade de la Saussaz pour accueillir la tournée d’adieu de la star britannique. Double événement pour soirée caniculaire

C’est l’histoire d’un gamin né dans la banlieue de Londres en 1947 et devenu une superstar de la pop. Racontée dans le biopic Rocketman, cette histoire est édifiante. On y découvre un surdoué à l’oreille absolue qui a grandi dans une famille incapable de reconnaître son talent, un musicien qui, comme tant d’autres, a lutté contre ses démons et l’ivresse de la célébrité à grandes rasades de cocktails psychotropes. Rocketman raconte l’ascension et les douleurs castratrices, la musique et les drogues libératrices, l’homosexualité et les costumes excentriques – l’envie d’être quelqu’un d’autre, de se libérer d’un corps ingrat et d’une société étriquée.

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En septembre 2007, Elton «Rocketman» John a joué à Vevey, sur la place du Marché qui, cet été, va célébrer les vignerons et la magie du chasselas. Il s’agissait d’un concert comme un autre, malgré un dispositif inédit. Le Temps aura cette formule qui dit tout: «Elton n’envoûte pas. Il pointe. […] Fourguer une dernière fois son anthologie pour tourner la page.» Douze ans ont passé et le petit Reginald Kenneth Dwight, devenu le grand Elton Hercules John, anobli par la reine en 1998, revient sur les bords du Léman pour ce qui est l’un des événements de l’été musical romand.

Parce qu’il s’agit de la tournée d’adieu d’un artiste qui va cette fois vraiment tourner la page; parce que cette convaincante comédie musicale qu’est Rocketman a montré que, derrière le lisse Sir Elton, il y avait jusque dans les années 1980 et le tube I’m Still Standing le plus torturé Mr. John; et enfin, parce que cet ultime concert helvétique a lieu sous le haut patronage du Montreux Jazz, qui pour la première fois de sa longue et belle histoire organise un concert géant et en plein air.

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Samedi soir, le modeste stade de la Saussaz, déniché par le festival à l’aide de Google Maps, révélera une scène de 56 mètres de long. Il y aura un piano qui bouge, un Elton espéré excentrique, une chaleur assommante, des bars qui devraient écouler plus d’eau minérale que de champagne, des dizaines de bus acheminant les 15 000 spectateurs vers l’enceinte depuis les gares de Vevey et de Montreux et des parkings qui exigeront de la patience pour y entrer et en sortir. Réputé pour ses qualités d’accueil et son acoustique la plupart du temps irréprochable, le Montreux Jazz devient l’espace d’un soir un organisateur de concert comme un autre. Aux interrogations entourant l’impact émotionnel des adieux d’Elton John s’ajoutent ainsi celles de la gestion de l’événement. A l’heure où l’on dit que les festivals doivent se réinventer, voilà un joli test pour une manifestation artistiquement essentielle mais économiquement fragile.

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