Jeudi 22 février 2007, journal télévisé de19h30, sur TSR1. Madame Esther Mamarbachi nous annonce la bonne nouvelle du jour: «De plus en plus de patients suisses se font soigner à l'étranger. Ce tourisme médical s'effectue avec la bénédiction des assureurs, car il permet d'importantes économies. Ainsi, dans la région bâloise, un projet pilote permet aux assurés suisses de bénéficier de traitements remboursés par l'assurance obligatoire des soins (LAMal) en Allemagne.» Hourra! Nous venons de découvrir enfin la solution au problème des coûts de la santé!

Dans la foulée, les journalistes de la Télévision suisse romande interrogent le directeur de la clinique allemande qui accueille dorénavant des patients bâlois pour des séjours en réadaptation orthopédique et neurologique. Avec franchise, celui-ci explique qu'il peut proposer des prix inférieurs d'environ 20% pour des prestations identiques à celles pratiquées en Suisse. Il précise également que la différence de prix est due principalement à des coûts moins élevés dans deux domaines: le personnel et les investissements immobiliers. Nous découvrons que ce ne sont donc pas des méthodes de gestion plus efficaces qui expliquent l'écart de performance. Ce sont bien des raisons structurelles propres à notre pays qui rendent les hôpitaux suisses peu concurrentiels.

J'aurais personnellement apprécié que le reportage aille un peu plus loin dans l'analyse et nous explique comment nos établissements hospitaliers devraient s'y prendre pour conserver une certaine compétitivité. Sachant que nous n'avons pas ou peu d'influence sur les coûts de la construction, j'imagine que les pistes à investiguer se trouveraient plutôt du côté des charges salariales. Il est vrai que ce poste représente environ 75% des coûts des hôpitaux suisses. Alors que faut-il faire? Diminuer les dotations? Diminuer les salaires? Restructurer ou fermer quelques établissements... par ailleurs actuellement surchargés? Licencier une partie des collaborateurs? Construire de nouveaux hôpitaux à taille critique optimale?

Toutes ces pistes sont bien sûr envisageables. La dernière en particulier, même si elle exige du temps et des moyens. Les autres, par contre, nécessitent un choix politique.

Aujourd'hui, il faut le reconnaître, nous ne prenons pas le chemin des restructurations ni celui des économies dans le domaine de la gestion des ressources humaines. Année après année, c'est plutôt le contraire qui se produit. Il s'agit là d'un simple constat tiré de quelques exemples significatifs.

Ainsi, dans le canton de Vaud, nous venons d'inscrire dans la loi l'obligation de mettre en place des conventions collectives du travail (CCT) pour l'ensemble du domaine de la santé. Ces deux dernières années, nous avons amélioré significativement le salaire minimum des collaborateurs des hôpitaux. Par ailleurs, nous envisageons très prochainement un abaissement de la durée hebdomadaire de travail et une augmentation de la durée des vacances.

Toutes ces améliorations concernant les salaires et les conditions de travail sont souhaitables au demeurant, mais elles ne contribuent pas à améliorer la compétitivité de nos établissements hospitaliers! Quant à la planification et à la concentration hospitalière, même si elles sont souhaitées par tous, elles ont quelque peine à se concrétiser rapidement.

Alors, dans ces conditions, quel choix reste-il aux directions des hôpitaux pour lutter contre la concurrence implacable des cliniques allemandes? J'avoue ne pas avoir de réponse pertinente à cette question. Des modèles de collaboration transfrontalière devraient continuer à se développer. La délocalisation de certaines prestations hospitalières pourrait donc s'accentuer. Evidemment, nous pouvons considérer cette tendance comme positive au regard de la maîtrise des coûts de la santé. Cependant, si les tarifs allemands devaient devenir la référence, j'y verrais un risque important en termes de maintien de la qualité de la prise en charge dans les hôpitaux suisses...

Dix-neuf heures cinquante-cinq: Mme Mamarbachi termine la présentation du journal télévisé. La TSR poursuit ses programmes. Même avec une redevance insuffisante, notre télévision tente de remplir sa mission de service public... jusqu'au jour où quelqu'un aura l'idée subtile de délocaliser sa production!

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