Nouvelles frontières

Six cents ans plus tard, l’armada de Xi Jinping

CHRONIQUE. Le président chinois est apparu cette semaine sur un navire de guerre en mer de Chine du Sud. Une façon de renouer avec l’esprit de Zheng He, le grand amiral des expéditions du XVe siècle

Dans l’imaginaire du pouvoir chinois, l’amiral Zheng He occupe une place particulière. Au début du XVe siècle, cet eunuque d’origine musulmane construisit la plus grande flotte du monde et supervisa sept grandes expéditions qui emmenèrent les marins chinois jusque vers les côtes africaines. Ces expéditions de nature exploratoire furent finalement abandonnées par la dynastie des Ming car elles ruinaient l’empire. La Chine fit alors le choix d’étendre son territoire vers les terres intérieures.

Dans les décennies qui suivirent, les flottes espagnoles, puis portugaises partirent à la conquête du monde. Les Hollandais puis les Britanniques et les Français prirent le relais. Aujourd’hui ce sont les Etats-Unis qui sont les maîtres des océans. Pour les historiens du parti communiste, l’abandon des ambitions de Zheng He est un tournant dans l’histoire mondiale: alors qu’elle était la plus grande puissance, la Chine se replia et l’Europe devint le centre du monde marginalisant peu à peu l’empire du milieu…

Renouer avec l’esprit de Zheng He

Jeudi, Xi Jinping, le secrétaire général du PCC, président de l’Etat et chef des armées chinoises, vêtu d’un treillis militaire, est apparu sur le fronton d’un navire de guerre en mer de Chine du Sud pour déclarer que le «besoin d’édifier une marine forte n’a jamais été aussi pressant qu’aujourd’hui». La télévision chinoise a retransmis les images d’un impressionnant cortège pourfendant les eaux composées de 48 navires et sous-marins dont un porte-avions, 76 avions et 10 000 membres des forces navales. Six siècles plus tard, la Chine a renoué avec l’esprit de Zheng He.

S’il veut entrer dans l’histoire en parachevant le rêve de Mao, le nouveau grand timonier chinois voudra récupérer Taïwan

Pour rivaliser avec les Etats-Unis, la deuxième économie mondiale se doit d’être une puissance navale. Elle s’est engagée au pas de charge dans une modernisation de sa flotte. L’écart, il est vrai, est conséquent: avec un seul porte-avions (un modèle soviétique racheter aux Ukrainiens à la fin des années 1990), Pékin fait pour l’heure piètre figure face aux super-porte-avions de classe Nimitz. Mais un ambitieux programme de construction de navires militaires et de sous-marins devrait combler peu à peu son retard. L’objectif, à moyen terme, n’est pas de supplanter les Etats-Unis sur les mers du globe, mais d’instaurer sa domination régionale.

Après la mer de Chine du Sud

La priorité est d’asseoir le contrôle sur la mer de Chine du Sud que Pékin revendique dans son ensemble ignorant le droit international (un droit européen et dépassé dans la perspective du parti) qui lui a donné tort lors d’un verdict de la Cour de La Haye en 2016. L’armée chinoise colonise des îles, construit des îlots artificiels pour quadriller cette mer. Mais la flotte américaine entrave ses projets, multipliant les passages de porte-avions dont l’un d’eux à pour la première fois depuis 1975 mouillé dans un port vietnamien le mois dernier. Face au coup de force chinois, Barack Obama avait riposté par des patrouilles pour la «liberté des mers». Donald Trump a, depuis, promis un plan d’investissement pour produire à la chaîne des porte-avions de nouvelle génération. Entre-temps, la Chine développe ses bases maritimes dans un plus large périmètre: Djibouti, Pakistan, Sri Lanka. Ces derniers jours, l’Australie s’est alarmée d’un possible accord avec Tuvalu, dans le Pacifique Sud.

L’armada de Xi Jinping a pris la direction de Taiwan. Mercredi prochain, entre 8h et minuit, elle participera à des manœuvres à balles réelles dans le détroit de Formose large de 170 kilomètres. Taïpei est prêt à riposter. S’il veut entrer dans l’histoire en parachevant le rêve de Mao, le nouveau grand timonier chinois voudra récupérer Taïwan, y compris par la force, le cas échéant.

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