Revue de presse

Ski suisse: l’incroyable Monsieur Zenhäusern

«Tellement un monstre», disent les admirateurs du Haut-Valaisan. Avec Wendy Holdener aux avant-postes, il a apporté mardi la médaille d’or à l’équipe helvétique aux Mondiaux d’Are. Les médias encensent ce prodige atypique du sport helvétique

Victoire! Toute langue dehors dans l’aire d’arrivée, l’immense Ramon Zenhäusern, le Gulliver du ski suisse, lève «les bras dans le ciel suédois d’Are, avant de disparaître sous les accolades de Daniel Yule, Wendy Holdener, Aline Danioth, ainsi que des remplaçants Sandro Simonet et Andrea Ellenberger», se réjouit Le Nouvelliste. Quelle journée! Quelle classe montre ce Brigand qui chausse du 48 et porte des chaussures de ski spécialement adaptées pour lui!

Devant une foule incroyable («Huge crowds», dit le communiqué officiel) et «dans la forme de sa vie», le géant valaisan vient de porter la Suisse vers son premier titre mondial du Team Event en devançant l’Autrichien Marco Schwarz lors de l’ultime run de la finale, rééditant l’exploit olympique de l’an dernier.

Quelques récents articles du «Temps» consacrés en tout ou partie à Ramon Zenhäusern

Team Event et team spirit! Une année après la révélation de son leader au grand public et ce fameux titre olympique, la formation helvétique prouve une deuxième fois qu’elle est véritablement la meilleure nation de l’épreuve par équipes. «Cette médaille est tout simplement magnifique», savoure Ramon Zenhäusern, le héros du jour. Une année plus tard… Car des 15 médailles rapportées des Jeux de Pyeongchang par les athlètes suisses en février 2018, c’était alors celle qui était le moins attendue, l’argent lors du slalom masculin.

Le Haut-Valaisan, skieur atypique de 2,02 mètres de haut, dans une discipline alpine «qui nécessite agilité et explosivité», avait déjà déjoué tous les pronostics pour dompter une piste qui avait eu raison des favoris, avant de guider la Suisse vers la médaille d’or lors de l’épreuve par équipes. Et ce mardi, «Ramon Zenhäusern et Wendy Holdener ont été les atouts gagnants dans le clan helvétique», selon le quotidien valaisan. «Une affaire en or» pour 24 heures. «Tant la Schwyzoise que le skieur de Viège, véritable bulldozer entre les piquets, ont été impériaux dans une discipline qu’ils adorent. Ils ont remporté leurs quatre manches de la journée et avec la manière.» Ils n’en revenaient pas eux-mêmes, selon la vidéo visible sur le site d’ArcInfo.

Pour Le Figaro, les vainqueurs suisses ont pu compter sur leurs «deux leaders infaillibles dans le frais début de soirée d’Are»: «Le format du Team Event, un duel entre deux skieurs sur un slalom mais avec des portes de géant, favorise les grands gabarits comme Zenhäusern, qui «boxent» les portes au lieu de les contourner.» Et d’émettre toutefois cette réserve: «Alors que la Fédération internationale de ski (FIS) réfléchit à supprimer le combiné alpin de son programme, pour le remplacer par des épreuves parallèles supposées plus télégéniques, la compétition de mardi n’a pas forcément offert la meilleure des publicités.» 

Serait-ce parce qu’«elle a été disputée sans la plupart des stars des épreuves techniques, Marcel Hirscher, Mikaela Shiffrin, Henrik Kristoffersen, Alexis Pinturault et Petra Vlhova»? Ce n’est en tout cas pas ce qui semble être communiqué par les cris du journaliste du Dauphiné libéré: «Ramon Zenhäusern offre le titre à la Suisse en battant Marco Schwarz de 54 centièmes! Premier titre mondial pour la Suisse!!!!» C’est «un état d’esprit qui a fait la différence», aux yeux de la commentatrice de RTS Sport dans le 19h30 mardi soir:

Si cet «état d’esprit» a été dignement fêté mardi à la House of Switzerland, où se sont glissées les caméras de Tamedia, le débat sur l’intérêt de cette compétition est en tout cas vif sur les sites du Blick et de L’Equipe, où les internautes s’envoient pas mal de boules de neige en pleine figure: «Bravo aux Suisses. Pour le reste, Intervilles, c’est bien, mais sans les vachettes, ça perd quand même de l’intérêt»; «et on veut remplacer le combiné par cette farce???»; «une médaille est une médaille… Ceux qui gagnent l’ont méritée, ceux qui perdent ont juste à la fermer»; «c’est cool de gagner l’épreuve avec 2 skieurs, Zenhäusern et Holdener, énorme»; «il fallait voir la course: la Suisse n’a gagné qu’avec ces deux coureurs. Les 2 autres étant à la ramasse toute la compétition.» N’empêche, «unser Team-Spirit ist super», confirme la SRF, «c’est la clé vers l’or».

La foule au rendez-vous

«Dommage pour le combiné que j’apprécie aussi, mais quand on critique le Team Event car certains n’y participent pas, que dire du combiné et de sa très maigre participation et du manque total de soutien du public? Les Team Events ne sont peut-être pas hypertechniques, mais la foule est au rendez-vous et je trouve que le spectacle est total», juge un autre encore. «Ah, cette compétition par équipes…», renchérit le St. Galler Tagblatt. «Elle est la petite nouvelle qui a du mal à s’intégrer dans la communauté. Les skieurs bien établis ne lui font pas confiance. Des préjugés ici, des opinions toutes faites là.» Mais les vidéos de la RSI corrigent bien tout cela. De même que les compliments qui s’accumulent sur la page Facebook du grand Ramon.

Les cris du guerrier

«Quand les gens rencontrent Ramon Zenhäusern pour la première fois, ils lui demandent s’il fait du basket ou du volley», s’amusait Lionel Pittet dans Le Temps il y a une année à Pyeongchang. «Personne ne pense se trouver en face d’un skieur alpin, encore moins d’un spécialiste des épreuves techniques. […] Le Haut-Valaisan est le plus atypique des slalomeurs. Mais […] il commence à savoir mettre son corps hors norme au service de ses performances.» Et il a une technique très particulière pour se motiver, relevait en janvier dernier Le Nouvelliste (montez le son!), avec ses «cris de guerrier barbare ou d’ours bien en colère». «Un fou, dans le bon sens du terme», pour Sport.ch:

L’entraîneur Matteo Joris pensait alors «avoir la clé de l’énigme»: «Ramon a de très longues jambes. Au plat, il peut se contenter de les mettre en mouvement presque sans bouger le haut du corps et, ainsi, il garde sa vitesse.» Et lui disait: «Personne ne pense qu’il est possible de mesurer 2 mètres et d’être rapide en slalom. Quand j’étais jeune, tout le monde me disait de me mettre aux épreuves de vitesse ou de changer de sport.»

Ne change rien surtout, Ramon.

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