Vacances again. En Ecosse, cette fois. Autrement plus dramatique et spectaculaire que Sète la douce, spot de rêve au creux de l’été. Vous souhaitez vous oublier dans un paysage sauvage et dealer avec les éléments déchaînés? Plonger votre corps de citadin douillet dans un tumulte d’averses et de vents mêlés? Venez à Skye, île rude et magnifique que les rafales ont transformée en terre brûlée. Peu d’arbres, des monts et des plaines travaillés par la furie du ciel, des falaises comme des entailles géantes, une mer sombre et agitée: ici, on est loin, très loin de l’été indien et ça fait aussi du bien. Lorsqu’en dix minutes on se retrouve rincés et étourdis par des vents force 10, lorsqu’on cherche sa voie dans un sol tourbeux, entre marécages, moutons, et rochers, et que l’on manque d’être renversés à chaque bourrasque musclée, on redécouvre qu’on est peu de chose, petits, tout petits, face à l’immensité. L’expérience des peintres romantiques, Caspar David Friedrich pour vous servir, mais en live, pas dans la douceur feutrée d’un musée.

En route pour Elena Ferrante

Le corps secoué, les blessures, la mort. A l’autre bout de l’Europe, Elena Ferrante en parle aussi dans L’Amie prodigieuse, best-seller qui relate une amitié heurtée entre deux fillettes de la Naples populaire. A chaque départ en avion, j’ai un rituel: à la librairie de l’aéroport, j’achète le livre de mes vacances. Virginie Despentes et son passionnant Vernon Subutex pour les plages du Portugal, en juillet. La très unique Christine Angot, lors d’un récent mariage à Toulouse – il faut lire Un Amour impossible, superbe hommage à sa mère. Et, ici, dans l’Ecosse tourmentée, le récit tout aussi tourmenté d’Elena Ferrante. Avec ce constat, dès les premières pages, qui renvoie à une réalité oubliée: «Nous vivions dans un monde où enfants comme adultes se blessaient souvent: de ces blessures le sang jaillissait, la suppuration survenait, et parfois on en mourait.» Tétanos, croup, tuberculose, typhus, accident de chantier, toupie de menuisier, rixes de rue et, bien sûr, bombardements, l’auteure dresse la liste de dangers qui, pour nous, appartiennent au passé.

La violence des éléments

Le corps menacé. La mort coutumière, banalisée. Aujourd’hui, on pense bien sûr à la Syrie. Ou au Honduras, leader mondial en termes de criminalité… On pense aussi aux attentats qui rêvent le corps déchiqueté. La violence des éléments sur l’île de Skye a une vertu que n’a pas la violence humaine. Le vent et la pluie associés peuvent être menaçants, dangereux, voire meurtriers. Jamais ils n’ont l’intention de blesser.

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