Education

Le smartphone entrave-t-il les ados?

Transgresser est essentiel pour se construire. Mais quel rôle jouent les nouvelles technologies dans ce passage délicat qu’est l’adolescence? Et quelle position adopter en tant que parent?

«J’ai dépassé les limites aisément, facilement» chantait Julien Doré en 2008. Fut un temps (plus ou moins révolu) où les ados avaient tout le loisir de tester ces limites dans le dos de leurs parents, avec un risque relativement limité de se faire attraper. Cette sensation exaltante de braver l’interdiction, tout en gardant intacte l’auréole familiale…

La donne a quelque peu changé ces dernières années, et les risques de voir les sourcils des parents se froncer se sont démultipliés, puisque photos et messages peuvent surgir à tout moment. Un smartphone qui traîne, un parent dans les contacts Facebook, Instagram ou Snapchat, un géniteur qui use et abuse de la géolocalisation…

Face à ces nouveaux paramètres, nos teenagers n’auraient-ils pas du mal à faire ces fameuses expériences transgressives, si importantes pour construire sa personnalité? Comment tester ses propres limites si l’on se sent constamment surveillé?

Période désécurisante

«Pendant cette période, il est important que les ados puissent construire leur vie en dehors des parents», rappelle Pascale Roux, psychologue et coach spécialiste de l’adolescent. «Les règles que l’on pose sont liées à la sécurité et à la morale. La transgression sert à vérifier qu’elles tiennent la route. Les adolescents vivent souvent une période désécurisante. Mais tous n’éprouvent pas le besoin de tester leur limite, et tous les parents ne posent pas de règles – ce qui est d’ailleurs catastrophique.»

L’arrivée des nouvelles technologies modifie continuellement la donne, et nous avons encore trop peu de recul pour en connaître les répercussions à long terme. «Les outils ont changé. Tracer son enfant constamment sur Googlemaps est par exemple terrifiant. Non seulement l’ado n’est libre de rien, mais cela signifie que le parent n’a aucune confiance. Et son enfant n’a aucun moyen de se libérer de cela.»

Toutefois, Pascale Roux assure qu’il reste toujours de l’espace pour que les parents ne sachent pas tout. Les enfants sont assez malins pour trouver les chemins de traverse, et «il est important que l’adolescent réalise que ses parents ne sont pas tout puissants».

L’œil ouvert, mais pas celui de Moscou

C’est à partir d’un certain stade que les choses se compliquent. Pour la psychologue, si «l’œil de Moscou» n’est pas une solution, tenir le cadre reste primordial. «Jusqu’à 14 ans environ, il est important que les parents aient un regard sur l’activité numérique de leurs enfants. Il y a trop de cas de harcèlements, suite auxquels les ados sombrent… L’abus d’alcool est aussi une plaie. Mais il faut faire des contrôles de sécurité de manière ouverte. Le but n’est pas de demander un compte rendu tous les jours.»

A noter que le fait de contrôler obligera le parent à se positionner face à une éventuelle mauvaise surprise. «L’information peut être problématique pour l’ado comme pour les parents.» Anne*, qui soupçonnait son fils de 13 ans d’avoir «fait des conneries», a été contrainte de jouer au flic pour stopper la machine. «J’ai trouvé son mot de passe, et lu les échanges de messages.» Cette triste confirmation lui a permis de «tout resserrer» et de rester vigilante par la suite.

Et la psychologue de rappeler qu’à l’adolescence, la maturité du cerveau n’est pas terminée. En l’occurrence, la partie qui permet d’anticiper les dangers est finie en dernier. «C’est comme une voiture puissante qui n’a pas de système de frein. D’où l’importance de cadrer.» Anne l’a bien constaté: son fils était en effet loin de mesurer la portée de ses actes.

La crise d’ado et ses transgressions semblent donc conserver une place – plus ou moins grande selon les individus – dans cette période délicate. Mais ces recherches de limites, les teenagers les font parfois aussi de manière virtuelle, affalés dans un canapé.

*Prénom d’emprunt

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