C’est un de ces moments qui n’ont l’air de rien mais sont lourdement symboliques. Logitech, la petite société née dans un hangar d’Apples dans le canton de Vaud, construite sur l’idée iconoclaste de créer une souris pour relier l’ordinateur à la main de l’homme, a battu Swatch Group, porte-drapeau de l’horlogerie suisse, héritière d’une industrie dont le pays entier est fier. Les haut-parleurs, claviers et autres interfaces dépassent le boîtier. Les ingénieurs informaticiens battent les horlogers. Swatch Group éjectée du Swiss Market Index (SMI), l’indice boursier suisse des plus grandes sociétés, par les produits et services informatiques de Logitech, une société vaudoise partie de rien.

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Quitter le SMI «ne change rien» pour Swatch Group

Caricature? Bien sûr, Swatch Group n’est pas damné pour autant, ses titres ne vont pas disparaître du radar des investisseurs, et le groupe ne représente pas toute l’horlogerie suisse. Le haut de gamme se porte bien, même si les sociétés concernées ne sont pas forcément cotées en bourse. Les créateurs d’horlogerie, ceux qui ont la passion chevillée au corps, qui construisent des formule 1 sur leur établi ou font de leurs montres des bijoux, sont toujours là et bien là. Il n’empêche. La réaction des deux sociétés en dit long sur leur parcours et leur histoire récente. Le patron de Logitech se dit «honoré», les représentants de Swatch contestent les méthodes de calcul. Ils avaient averti, en avril dernier, se moquer complètement de ce moment, prévisible, de leur sortie de l’indice boursier.

Tous les entrepreneurs le savent: une société ne survit que si elle crée de la valeur ajoutée pour ses clients. Les produits et services permettant de se connecter aux autres, d’échanger avec eux, de jouer, sont devenus indispensables pour beaucoup. Une montre qui ne vise qu’à donner l’heure, aujourd’hui, l’est moins, en tout cas pour les générations collées à leur smartphone. Logitech est passée tout près de la faillite à deux reprises et a traversé le désert il y a une dizaine d’années. Chaque fois, la société a dû se réinventer. La pandémie a accéléré le mouvement et a fonctionné comme un révélateur, une fois encore. Lorsque l’eau baisse, les cailloux apparaissent. Les sociétés visionnaires profitent de la situation, celles qui le sont moins doivent se battre. Ironie de l’histoire: l’innovation a peut-être bien fait la différence. Les dirigeants de Swatch Group avaient regardé avec un certain dédain l’arrivée des montres connectées. Le changement du SMI est un signe des temps. Il reflète les succès les plus récents de l’économie suisse. Et en éclipse d’autres.