La vie est mal faite. Tout ce que la planète compte de très lourd en matière d’à peu près tout est à Davos, et c’est à Zermatt que les touristes sont restés bloqués par le blizzard. Il s’en est fallu de peu, remarquez: 180 kilomètres à peine entre les deux stations et des montagnes de neige assez comparables. Mais non. Il ne sera pas dit que les aléas de la météo ont eu raison des puissants. Dommage. Il aurait pu s’en passer, des choses, si l’état-major du monde avait dû se résoudre à taper le carton en attendant la fraiseuse.

Imaginez: Alain Berset (l’ordre alphabétique fait bien les choses), Bill Gates, Christine Lagarde, Emmanuel Macron, Theresa May, Angela Merkel, Narendra Modi, Justin Trudeau et Donald Trump blottis au coin du feu à compter les jours. Une semaine de vacances forcées, tisane des Alpes, pension complète et raclette à la bougie. Avec, au détour d’un schnaps ou sous l’effet de l’ennui, la possibilité d’une trajectoire oblique, d’un accident créateur.

Merkel qui dit «pardon» en grec

Au troisième jour, par exemple, hypnotisée sur une peau de mouton par huit heures de logorrhée sur la blockchain et la Genève internationale, la chancelière allemande exploserait en sanglots dans les bras de Pierre Maudet. Elle demanderait pardon en grec en s’arrachant les cheveux, annoncerait une grande coalition avec Jean-Luc Mélenchon et, chaussant ses Moon Boot, promettrait l’Alsace et la Lorraine à qui voudrait bien la sortir de là.

Au cinquième jour, le premier ministre indien serait surpris hors de lui, en pyjama et le poignard à la main, à la poursuite de Bono dans les couloirs du Centre des congrès. «नाइटिंगले चुप रहेंगे!?» hurlerait-il, sur les talons du chanteur irlandais, pris de panique [«Mais il va se taire, le rossignol!?» selon Google traduction… allez comprendre]. Pendant ce temps-là, au bar, Alain Berset serait installé au piano. Sourcil rebelle et doigts de velours, il fredonnerait «I’ve got you under my skin» à une Theresa May finalement conquise par le modèle helvétique et les vertus de la relation bilatérale.

Claquer une bise à Matthieu Ricard

Et puis au septième jour, la fraiseuse finirait par arriver. Tout le monde reprendrait ses esprits, et ferait ses bagages. On oublierait les écarts, on se dirait que ce qui s’est passé à Davos reste à Davos. Mais on ne retrouverait plus Donald Trump. Ni Emmanuel Macron, ni Klaus Schwab, ni même Christine Lagarde. Où peuvent-ils bien être? se demanderait-on avant de les voir sortir tous les quatre d’un petit salon, le sourire aux lèvres. Le «Potus» se serait rasé la tête, pour ressembler au patron du WEF. Aux micros hallucinés, il promettrait régulation, inclusion sociale et coopération internationale. Avant de claquer la bise à Matthieu Ricard.

Mais que voulez-vous, c’est à Zermatt qu’est descendue l’avalanche. C’est ballot: 180 kilomètres plus à l’est et tout devenait possible. La vie est mal faite.


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«Valeurs actuelles»? Malheurs actuels!