Apparemment, je ne suis pas le seul à avoir eu ce réflexe. A peine sommes-nous entrés en période de semi-confinement, avec ces épuisantes journées de télétravail, que je me suis réfugié dans les séries. Ce qui pourrait sembler logique, tant la promesse de retrouver soir après soir un univers connu, ne l’était dans mon cas pas tant que ça. J’ai en effet toujours défendu la puissance formelle et narrative du cinéma. Il y a deux ans, je m’étais d’ailleurs beaucoup amusé de cette formule de Thierry Frémaux, directeur du Festival de Cannes: «Les séries, c’est industriel, les films, c’est de la poésie.»

Chronique cannoise:  Séries industrielles contre cinéma poétique

Même si c’est un peu schématique, j’avoue me lasser rapidement des séries, de leurs intrigues sans fin, de leurs rebondissements incessants, de leurs épisodes de remplissage. Et souvent, aussi, de leur mise en scène formatée. J’aime quand Lynch ou Sorrentino investissent le petit écran, mais tout le monde n’est pas David ou Paolo. Or voilà donc que ces trois derniers mois, j’ai dû visionner une douzaine de séries, certaines comptant plusieurs saisons.

«The New Pope», de Paolo Sorrentino: Un aristocrate décadent au Vatican

Quelques-unes m’ont désespéré par leur absence d’épaisseur (mention à The Mandalorian, qui n’apporte rien à l’univers déjà passablement poussiéreux de Star Wars), tandis que d’autres, comme Ozark et la profondeur de ses personnages complexes, m’ont convaincu de l’intérêt d’étirer un récit sur le long terme. Alors que si j’aime tant le cinéma, c’est par sa promesse de nous faire voyager d’un point A à un point Z durant un temps donné et prédéfini.

Derniers survivants de l’humanité

Cette semaine, la plus puissante des plateformes de streaming a mis en ligne les deux premiers épisodes d’une proposition intrigante: une nouvelle adaptation du Transperceneige, bande dessinée postapocalyptique française des années 1980. En 2013, cette histoire d’un gigantesque train enfermant les derniers survivants de l’humanité était devenue Snowpiercer, un film d’action international réalisé par le virtuose Bong Joon-ho, dont le talent a enfin été largement reconnu l’an dernier avec Parasite.

Snowpiercer, version petit écran, revendique cette double influence: la BD d’un côté, le film de l’autre. Mais après les deux premiers épisodes, je suis perplexe. Retrouver une histoire connue mais revisitée, avec de nouveaux personnages et l’ajout de plusieurs intrigues parallèles, ne m’a pas réjoui plus que cela. Car là comparaison n’est pas flatteuse: la force graphique du film de Bong évacuée, il ne reste finalement pas grand-chose. Heureusement, cette semaine fut aussi celle de cette grande nouvelle: la réouverture des salles de cinéma, avec leurs écrans larges, la lumière éteinte, les distractions laissées à l’extérieur. Le 6 juin, vous saurez où me trouver.


Les dernières chroniques (in)culture