Il y a des images qui valent mille mots: celles de ces hommes qui n’ont de cesse, dans les régions libérées du joug des extrémistes islamiques, de revenir à une vie normale et de se couper une barbe qu’on leur avait imposée. Celles de ces femmes qui dévoilent leur visage et qui brûlent en signe de libération ce niqab ou cette burqa que l’Etat islamique leur avait impitoyablement prescrits.

On n’oubliera pas ces images tout au long des mois qui verront la Suisse discuter d’une initiative qui enflamme déjà tous les esprits: celle qui préconise l’interdiction de la burqa, lancée par des membres de la droite conservatrice.

La semaine dernière, le conseiller d’Etat socialiste Mario Fehr provoquait la stupéfaction à gauche en préconisant, lui aussi, pareille interdiction. Et ce dimanche, la discussion est montée d’un cran, en particulier en Suisse romande. A la manœuvre, un autre socialiste et pas des moindres, Pierre-Yves Maillard, qui dans un entretien accordé au Matin Dimanche, avertit qu’il ne s’opposera pas à cette initiative.

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Pour lui, un certain nombre de valeurs doivent être défendues. Le temps est venu pour la Suisse de mettre fin à une «tolérance» sans limites.

Il est rare que l’on entende à gauche pareil discours. Parce que la gauche, en l’espèce, nous a plutôt habitués à un discours relativiste et multiculturaliste où il s’agissait plus d’ensabler le débat que de défendre fermement les valeurs qui ont modelé nos sociétés démocratiques.

Lire dans la bouche de deux conseillers d’Etat socialistes pareille prise de position marque donc un tournant considérable dans le paysage mental de ce pays.

Il n’est pas anodin de constater que ce sont deux poids lourds qui sont aux affaires dans leur canton respectif, qui propulsent ces arguments. Et que ce sont, en Suisse alémanique à tout le moins, les très sectaires Jeunes socialistes qui s’étranglent d’indignation et lancent contre le ministre zurichois, l’anathème de traître.

On voit là s’affronter ce que le sociologue allemand Max Weber appelait l’éthique de la responsabilité contre l’éthique de la conviction.

Gavés de convictions idéalistes et naïves, les Jeunes socialistes nourrissent un entre-soi béat qui s’évite la confrontation aux faits. Leur conviction leur coûte fort peu.

Confrontés à la réalité de l’exercice du pouvoir et à ce qu’il leur révèle, Pierre-Yves Maillard et Mario Fehr se placent résolument dans l’éthique de la responsabilité. Celle qui leur fait dire non à une tolérance sans «limites». Car ils savent quel serait le prix de cette tolérance irresponsable pour les femmes, les hommes, la liberté.

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